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Italie
Italie: Un permis de séjour "à points"
Valérie Dupont
Mis en ligne le 09/02/2010
Dimanche : réunion d’information sur le permis à points" , l’avis est affiché sur la porte de la paroisse "Le Saint Visage de Jésus" à Milan. Le père Alexander Lisozkij, ukrainien, veut informer ses fidèles. Ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas du permis de conduire italien, qui fonctionne aussi avec un système de points, mais du nouveau permis de séjour pour les étrangers non ressortissants de l’Union européenne.
"Nombre des Ukrainiens qui arrivent en Italie sont clandestins et ne demandent pas de permis de séjour, mais nos femmes qui travaillent dans des familles italiennes sont parfois en règles et donc elles seront concernées par la nouveauté", dit ce prêtre, guide spirituel de la très religieuse communauté ukrainienne de Milan qui en dix ans a augmenté de 3 000 % !
Le père Lisozkij a parfaitement compris que pour gagner des points, il faudra prouver ses connaissances de la langue italienne. "Ce sera difficile pour les femmes d’Europe de l’Est qui gardent les vieux Italiens à domicile, elles utilisent un vocabulaire très pauvre, juste ce qu’il faut pour tenir une maison Elles ne réussiront jamais l’examen , ajoute l’homme d’église avec un fort accent russe. Si c’est pour aider ceux qui veulent s’intégrer, cela pourrait être une bonne idée, mais ce sera vraiment comme cela ?", conclut-il avec une moue dubitative.
Ce permis de séjour à points imaginé par Roberto Maroni, le ministre de l’Intérieur, dont le parti "La Ligue du Nord" a fait de la lutte contre l’immigration son cheval de bataille, sera valable deux ans. Au terme de cette période, l’étranger ayant obtenu 30 points verra son permis renouvelé. Les autres auront un an de sursis pour tenter de gagner de nouveaux bonus.
Mais la règle est sans appel, l’expulsion attend ceux qui n’auront pas accumulé suffisamment de points.
Le "jeu" semble simple : celui qui réussit le test d’italien organisé par plusieurs universités gagnera 22 points; prouver que l’on est inscrit auprès des services sanitaires et que ses enfants sont scolarisés fait grimper les bonus.
Par contre, l’immigré qui a des problèmes judiciaires et qui est condamné à trois mois de prison ou plus perdra automatiquement 20 points (et risque l’expulsion immédiate). Si l’enfant d’une famille étrangère double son année scolaire, 5 points en moins pour le permis de séjour des parents, la soustraction est prévue également pour celui qui commet des "fautes administratives" comme un procès-verbal pour excès de vitesse !
La mesure devrait entrer en vigueur sous peu, mais elle provoque évidemment des réactions. "Ce permis sera un obstacle à l’intégration et favorisera la clandestinité" , estime Livia Turco parlementaire chargée des questions d’immigration pour le Parti démocrate.
A Trévise, Galina fait la file devant le guichet pour l’immigration, elle attend le renouvèlement de son permis de séjour depuis le 30 avril 2007 ! La jeune femme est en règle, possède un logement, un emploi déclaré, mais elle sait déjà que lorsque "le fameux papier" lui sera donné, sa date de validité sera déjà dépassée. "L’Italie joue avec nous, la bureaucratie est assommante, des heures et des heures de file pour s’entendre dire de revenir la semaine prochaine ! En attendant, je n’ose pas retourner en Ukraine pour voir ma famille, car je ne suis pas certaine que sans le permis de séjour je puisse à nouveau entrer en Italie, alors avec ou sans points c’est de toute manière difficile !"
Le ministre Maroni quant à lui a laconiquement expliqué : "Avec ce système, je suggère à l’étranger la marche à suivre pour s’intégrer. S’il le fait, je lui donne le permis de séjour, s’il ne le fait pas, cela signifie qu’il ne veut pas s’intégrer Alors dehors !"
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