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États-Unis

Cours, Sarah, cours (toujours)

Philippe Paquet

Mis en ligne le 09/02/2010

Sarah Palin se profile en leader naturel du nouveau mouvement Tea Party. L’ex-colistière de McCain y voit un tremplin pour la présidentielle en 2012.

Debout sur leurs chaises, des drapeaux à la main, un millier d’Américains ont fait un triomphe samedi soir à Nashville, dans le Tennessee, à Sarah Palin. L’ancienne colistière de John McCain à la présidentielle de 2008 n’y avait pas seulement rendez-vous avec des militants du nouveau mouvement politique "Tea Party" qui tenait sa première "convention" nationale. Elle pouvait croire avoir également rendez-vous avec l’Histoire quand la foule, paraphrasant la fameuse réplique de "Forrest Gump" pour lancer : " Cours, Sarah, cours ! ", l’invita à se présenter à l’élection de 2012 ("to run", en anglais, signifie à la fois courir et se porter candidat).

Quelques heures plus tôt, dans un entretien enregistré pour la chaine conservatrice "Fox News", l’ex-gouverneur de l’Alaska n’avait pas fait mystère de ses ambitions. " I l serait absurde de ne pas envisager ce que je pourrais potentiellement faire pour aider notre pays ", avait-elle affirmé. Et de se déclarer prête à briguer la Maison-Blanche " si je crois que c’est la chose à faire pour notre pays et pour la famille Palin ".

Le chemin est, certes, encore long d’ici au prochain scrutin présidentiel, mais Sarah Palin semble avoir fait sienne la morale de La Fontaine : rien ne sert de courir, il faut partir à point. Dans un désert politique républicain d’où n’émerge encore aucune personnalité présidentiable, la candidate "potentielle" s’emploie à se tailler une réputation - et à chasser l’image de gaffeuse passablement idiote qui n’avait pas peu contribué à la déroute de John McCain face à Barack Obama.

Pour y parvenir, Mme Palin s’est d’abord donné les coudées franches en démissionnant, contre toute attente, de son poste de gouverneur de l’Alaska en juillet dernier. Il est vrai que les tensions étaient devenues vives avec l’assemblée législative de l’Etat et quelques scandales financiers menaçaient de lui compliquer la vie. Au moins la candidate potentielle n’aura-t-elle plus de bilan à défendre devant l’électorat et jouit-elle désormais d’une liberté totale pour orchestrer ses grandes manœuvres de séduction nationales.

Et sur ce terrain, Sarah Palin ne lésine pas sur les moyens. Rien n’est laissé de côté pour rehausser son profil. Elle a multiplié les conférences un peu partout aux Etats-Unis - et jusqu’à Hong Kong. Elle a publié une autobiographie sous un titre provocateur, "Going Rogue" ("Devenir rebelle"), succès de librairie qui lui aurait rapporté dix millions de dollars. Elle a passé un contrat tout aussi juteux avec "Fox News" pour animer une émission télévisée depuis un studio spécialement aménagé dans sa propriété de Wasilla, dans la banlieue d’Anchorage en Alaska.

Dans le même temps, une équipe de conseillers briefe Mme Palin quotidiennement sur l’actualité domestique et étrangère, de manière à la préparer à faire campagne, le moment venu. Plutôt modérée en Alaska (où elle n’hésita pas à s’en prendre aux intérêts établis et notamment à l’industrie pétrolière), elle affiche désormais un conservatisme radical, en sachant qu’une élection ne se gagne pas, dans les rangs républicains, sans le soutien de la droite la plus dure.

Le populisme est un autre atout dans la manche de la candidate potentielle. Gonflé par les déçus de la politique, le mouvement "Tea Party" (qui, par son nom, affecte de s’inspirer de la révolte des colons de Boston contre le Parlement britannique au XVIIIe siècle) est à cet égard autant un banc d’essai qu’un enjeu important. Si l’on y trouve des Démocrates et des indépendants, le mouvement est surtout l’affaire des conservateurs hostiles au président Obama, dont ils dénoncent autant le plan de sauvetage des banques que la réforme du système de santé.

A Nashville, Sarah Palin a exprimé le souhait de voir le mouvement "Tea Party" intégrer le Parti républicain. Mais en soulignant qu’il représentait une lame de fond ne pouvant être réduite à l’appareil du parti ou à l’un de ses chefs. La candidate potentielle se verrait pourtant volontiers en leader naturel du mouvement. Histoire de se donner des ailes pour faire la course en tête en 2012 et de clouer le bec à ceux qui, parmi ses rivaux, seraient tentés de penser : " Cours toujours, Sarah "

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