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France/Régionales
Le grand vainqueur du scrutin est déjà connu : l’abstention
Bernard Delattre
Mis en ligne le 11/03/2010
V
oter c’est un droit, c’est aussi un devoir civique". Nicolas Sarkozy a bien fait de le rappeler, mardi. En effet, mercredi encore, deux sondages ont confirmé le large désintérêt des Français pour les élections régionales de ces deux prochains dimanches, dont on s’attend dès lors à ce qu’elles soient marquées par un fort taux d’abstention. Selon l’institut CSA, 48 % des électeurs vont rester chez eux. Quasi-confirmation de l’Ifop : 47 %. Si cela se vérifie, l’abstention sera bien plus élevée qu’au dernier scrutin régional en date, en 2004 : 39,2 %.Depuis que les élections régionales existent (1986), les Français ne se sont jamais vraiment passionnés pour elles. Limitée à 22 % en 1986, l’abstention n’a, depuis, cessé de croitre, à l’exception d’un (léger) tassement aux régionales de 2004. Tassement largement dû à la mobilisation d’un électorat de gauche encore très culpabilisé par sa faible participation au premier tour des présidentielles deux ans plus tôt, qui avait eu la conséquence historique dont on se souvient pour le candidat socialiste, exclu du second tour.
Ce désintérêt croissant des Français pour les rendez-vous électoraux est d’ailleurs un phénomène politique général : qui touche tous les scrutins, et pas seulement les régionales. L’a encore montré, ces dernières années, le taux élevé d’abstention enregistré à la fois aux européennes de 2009, aux municipales de 2008 et aux législatives de 2007. A cet égard, le sursaut civique constaté aux présidentielles de 2007 n’a été que très temporaire.
Plusieurs facteurs expliquent le désintérêt à l’égard des élections régionales : structurels et conjoncturels.
Coincées entre l’Etat (de tout temps surpuissant) et les départements (si vieux mais encore omniprésents), les Régions n’ont que des budgets et des compétences limités. Un brin d’enseignement (construction et équipement des lycées), un peu de transports (trains régionaux), un soupçon de culture (musées régionaux) et d’espaces verts (parcs naturels régionaux), et des bribes d’emploi, de santé ou de sport. Du coup, les ténors (de la politique nationale) et les barons (de la politique départementale) laissent cet échelon de pouvoir à un personnel souvent peu connu. Interrogés l’an dernier par l’institut LH2 sur le nom et l’étiquette politique du président de leur Conseil régional, 65 % des sondés avaient été incapables de répondre. Hormis l’une ou l’autre exception confirmant la règle (La Picto-Charentaise Ségolène Royal aujourd’hui, comme le Bourguignon Jean-Pierre Soisson hier), c’est peu dire que les Régions manquent cruellement d’incarnation politique.
Ce désintérêt a encore été accru à ce scrutin-ci par la tonalité de la campagne. En pleine réforme des collectivités territoriales - réforme d’ailleurs elle aussi largement illisible pour le commun des mortels -, aucun débat de fond n’a été engagé sur l’avenir et le rôle de l’institution régionale. Quant aux quelques échanges sur des projets régionaux concrets et touchant à la vie quotidienne des gens (sur les transports, par exemple), ils n’ont pas rarement été éclipsés par des controverses politiciennes et très parisiennes. En effet, les déclarations tapageuses de tel candidat (le populiste languedocien Georges Frêche, par exemple) ont succédé aux controverses sur le parcours de tel autre (le jeune socialiste de banlieue parisienne Ali Soumaré, injustement accusé par l’UMP d’être un délinquant multirécidiviste) ou ont suivi les coups bas et dérapages d’innombrables cadors (l’UMP Bussereau, le Vert Cohn-Bendit ou les socialistes Huchon et Hidalgo, pour ne citer qu’eux). Ce parfum permanent de scandale, "cette mousse, qui n’a passionné que les initiés, a donné une mauvaise image de la politique. Et ne va donc pas inciter les gens à aller voter", analysait l’autre jour le politologue Roland Cayrol.
N’a pas non plus aidé à la mobilisation le fait que, depuis des mois, le résultat de l’élection est annoncé comme couru d’avance, vu l’impopularité générale de la majorité présidentielle. Impopularité qui gagne même certains secteurs de l’électorat de droite, et pourrait donc, elle aussi, venir grossir l’abstention. Estimant n’avoir pas grand-chose à dire sur le fond, médias et états-majors se sont souvent contentés de répercuter les controverses et de commenter les enquêtes d’opinion. Comme l’a assez bien résumé le centriste François Bayrou, ces régionales 2010, ce fut "80 % sondages et 20 % injures", soit "la "campagne électorale la plus éloignée des enjeux qu’on n’ait jamais connue".
Pour l’électeur moyen, sans doute y a-t-il plus motivant.
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