La Libre.be > Actu > International > Article
France | Les élections régionales
Bayrou, l’épopée solitaire
Bernard Delattre
Mis en ligne le 17/03/2010
C’est vraiment une dégringolade : 18 % aux présidentielles de 2007, 8 % aux européennes de 2009, 4 % au premier tour des régionales de 2010. Avec l’UMP, le Mouvement démocrate (Modem) de François Bayrou a été le grand perdant, dimanche. Le parti centriste n’a franchi la barre des 5 % que dans trois des 22 Régions métropolitaines. Et, au second tour dimanche, il ne sera présent que dans une seule Région, l’Aquitaine. Et encore le très typique député béarnais Jean Lassalle ne s’y est-il qualifié qu’in extremis, avec 10,4 % des voix. C’est un échec cuisant pour François Bayrou, même s’il n’était pas lui-même candidat à ce scrutin contrairement aux régionales de 2004, en Aquitaine déjà.
Quel est le problème (politique) de François Bayrou ? Dimanche, il a attribué son fiasco régional aux nombreux candidats "jeunes et nouveaux", et donc peu connus, que présentait son parti. "Le Modem, créé dans le sillage des présidentielles, n’est pas encore prêt pour des élections intermédiaires", a complété lundi l’eurodéputé centriste Robert Rochefort : "Compliqué d’imposer un nouveau parti, surtout quand la moitié des Français ne vote pas et l’autre moitié vote pour des partis traditionnels". C’est sans doute vrai. A fortiori pour une élection régionale qui, généralement, comme l’indiquait dernièrement Jean Lassalle, "avantage les grandes familles politiques et les sortants".
Tout aussi vrai est le triple manque qui handicape le Modem. Manque de moyens, et ces régionales vont plomber encore un peu plus ses finances. Manque de militants, qui, d’un échec électoral à l’autre, vont voir ailleurs. Manque de cadres et d’élus : François Bayrou ne s’est jamais remis de l’hémorragie de barons qu’a subie son parti, au profit de l’UMP, entre les deux tours de la présidentielle de 2007. Cette saignée l’a coupé d’expertises, de relai et de réseaux.
A ce triple manque, déjà paralysant, s’ajoutent deux problèmes, rédhibitoires aux yeux de ceux qui ne croient pas ou plus au Modem. Un : la difficulté en France, pays très clivé et bipolarisé politiquement, de rendre crédible et viable une troisième voie. Deux : l’hiatus entre le positionnement au centre-droit, voire à droite, de l’électorat de la mouvance originelle de l’UDF, et l’évolution, elle vers le centre-gauche, de François Bayrou et des siens. Troublant tout de même, pour l’électorat ex-giscardien, de voir à une même tribune la n° 2 du Modem, Marielle de Sarnez, et l’ex-n°1 du PCF, Robert Hue.
"A moins de faire un score vraiment humiliant, en dessous de 5 %, nous ne sommes pas dans la préparation d’un moment difficile" au Modem, avait prédit publiquement, et imprudemment, un de ses cadres avant les régionales. Avec les 4 % de dimanche, François Bayrou doit-il craindre des remous ? Pas sûr.
Il a placé ses hommes, qui l’adulent, aux postes clés de son parti. Et l’audience médiatique de sa principale opposante interne, l’ex-ministre Corinne Lepage, ne doit pas leurrer : elle est inversement proportionnelle à son poids politique. François Bayrou, de toute manière, parlant de sa ligne ("Pas de soumission à un bloc ou à un autre"), a déjà prévenu, l’autre jour : "Je maintiendrai". Comparant - avec immodestie ? - sa traversée du désert avec celles, jadis, d’un Mendès France, d’un de Gaulle ou d’un Churchill.
Reste la question fondamentale : réussira-t-il à se refaire une santé d’ici aux présidentielles de 2012 ? C’est peu dire que l’espace pour un présidentiable existe dans l’électorat de centre-droit et de droite qui ne se reconnait pas ou plus dans le sarkozysme. En deux ans, soit une année-lumière en politique, tout est possible. Mais il ne devrait tout de même plus trop tarder à se ressaisir. Et, qui sait, dans ce créneau, un Dominique de Villepin pourrait lui tailler quelques croupières.
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...