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France | Les élections régionales

Au lendemain du scrutin, des têtes pourraient tomber

Bernard Delattre

Mis en ligne le 19/03/2010

Le fiasco prévu pourrait amener Sarkozy à aller plus loin que le réajustement ministériel déjà annoncé. Kouchner est cité parmi les ministres menacés.

Nicolas Sarkozy l’avait assuré, l’avant-veille du premier tour des élections régionales, dimanche dernier : vu sa nature, ce scrutin n’aurait que des "conséquences régionales". Pas question donc d’un vaste remaniement ministériel : juste peut-être "quelques adaptations gouvernementales". Une semaine après un premier tour catastrophique pour la droite, et avant un second tour, dimanche prochain, s’annonçant apriori comme aussi mauvais pour elle, la donne aurait-elle changé ? Jeudi, en tout cas, la classe politique (au sein de la majorité présidentielle en premier, fût-ce en privé) et médiatique présentait comme dépassé ce scénario d’un mini-réajustement ministériel. Et, parmi toutes les supputations qui circulaient, des ministres de premier plan voyaient leurs têtes mises sur le billot.

Premier cité parmi ces possibles sacrifiés, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Trop emblématique de cette politique d’"ouverture" sarkozyste à une certaine gauche, vomie par nombre d’électeurs de l’UMP. Très absent de cette campagne. Décrit depuis longtemps par les échos comme étant en délicatesse chronique avec le conseiller diplomatique personnel de Nicolas Sarkozy - malgré les démentis réguliers des deux intéressés. Chef de la diplomatie, mais pas toujours très diplomate : son plaidoyer médiatique récent en faveur d’"une reconnaissance immédiate" d’un Etat palestinien n’aurait pas plu à l’Elysée.

Parmi les personnalités citées pour succéder, s’il échet, à Bernard Kouchner au quai d’Orsay, figure l’actuel ministre (néocentriste) de la Défense Hervé Morin. Ou le très europhile (et sarko-villepiniste, si l’on peut dire) ministre de l’Agriculture Bruno Le Maire. Voire un certain Jack Lang. Mais ce doit être un gag de la rumeur, souvent facétieuse à Paris, tant l’ex-ministre de Mitterrand symboliserait encore plus l’ouverture que Bernard Kouchner.

Ouverture possiblement dans le collimateur, suite : le ministre de l’Immigration Eric Besson (ex-PS) serait lui aussi menacé. A cause de son fameux débat préélectoral sur l’identité nationale. Débat "inopportun", selon l’ex-Premier ministre Alain Juppé. Débat qui "a profité davantage au FN" qu’à l’UMP, selon l’influent sénateur Jean-Claude Gaudin. Qui a "redonné de l’oxygène" à la famille Le Pen, selon l’ex-ministre Christine Boutin.

Ouverture sur la sellette, encore : la secrétaire d’Etat à la Ville Fadela Amara aurait des soucis à se faire. Privé de budgets depuis le début, le fameux Plan Marshall pour les banlieues qu’avait promis le candidat Sarkozy en 2007, et que l’ex-présidente de "Ni putes, ni soumises" était censée mettre en œuvre, a, globalement, accouché d’une souris. Y compris en bordure du gouvernement, et publiquement, on admet son "échec patent" - dixit dernièrement le commissaire à la diversité, Yazid Sabeg. En outre, au premier tour dimanche dernier, Fadela Amara a refusé de montrer la couleur de son bulletin de vote aux caméras qui la sollicitaient - ce qui aurait irrité l’Elysée.

Deux ténors de la droite pourraient encore, selon les bruits, voir leur tête tomber.

Roselyne Bachelot, d’abord. La ministre de la Santé serait rendue responsable du manque d’enthousiasme de l’électorat des médecins à voter UMP, comme habituellement. Notamment parce qu’elle a irrité comme jamais cette profession avec sa gestion du dossier de la grippe A-H1N1. Lui serait reproché aussi d’avoir, avec ses récents et massifs déremboursements de médicaments, donné à Martine Aubry un des arguments que la n° 1 socialiste a le plus répétés pendant sa campagne. Mais Roselyne Bachelot, proche du Premier ministre Fillon, a déjà survécu à plusieurs remaniements qui avaient pourtant été annoncés comme périlleux pour elle.

Xavier Bertrand, ensuite. Interrogé jeudi matin sur sa possible éviction de la tête du grand parti présidentiel, le secrétaire général de l’UMP s’est affiché très zen. Il est vrai que son prédécesseur, Patrick Devedjian, a déjà été débarqué il y a peu de ce poste, et qu’un deuxième limogeage ferait sensation. Mais il est clair aussi qu’à deux ans des élections présidentielles de 2012, à l’Elysée on doit souhaiter que le parti présidentiel fonctionne mieux qu’à présent. Au minimum donc, Xavier Bertrand devrait supporter un accroissement des pouvoirs confiés dans les instances de l’UMP à l’ami de trente ans du Président, le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux.

Bien sûr, tous ces scénario sont démentis en haut lieu. Et probablement ne seront-ils pas mis en scène tels quels, le jour dit. Mais leur existence, la fébrilité mise à les propager, et la rapidité avec laquelle ils évoluent indiquent sans doute l’état d’agitation de la droite en cette veille de scrutin.

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