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Crise éco
La stratégie économique de l'UE déçoit les partisans d'une Europe sociale
AFP
Mis en ligne le 23/03/2010
L'emploi apparait comme le parent pauvre de la stratégie économique de l'Union européenne pour les dix prochaines années, déplorent de nombreux ministres des Affaires sociales, qui veulent étoffer ce volet capital. Plus de 4 millions d'Européens ont perdu l'an dernier leur emploi au coeur de la crise économique. Quelque 10% de la population active de l'UE, soit 23 millions de personnes, sont actuellement sans travail.
"La question de l'emploi doit être privilégiée à toute autre", martelait récemment à Bruxelles le ministre espagnol du Travail Celestino Corbacho, dont le pays connait une explosion de chômage (près de deux actifs sur cinq). La stratégie économique du président de la Commission européenne José Manuel Barroso à l'horizon 2020 parle de "croissance inclusive" encourageant "une économie à fort taux d'emploi". Elle fixe plusieurs objectifs "sociaux" : 75% de la population âgée de 20 à 64 ans devrait avoir un emploi, un taux d'abandon scolaire ramené en-dessous de la barre des 10%, une réduction de 20 millions du nombre de personnes menacées par la pauvreté (principe relativement contesté pour l'instant).
Mais pour la ministre belge de l'Emploi Joëlle Milquet, dont le pays prendra la présidence de l'UE en juillet après l'Espagne, l'emploi doit se retrouver "au coeur" de toutes les initiatives de développement économique déclinées par Bruxelles. Or elle apparait trop marginalement, selon elle. Elle déplore aussi l'absence de référence à l'égalité hommes/femmes. De telles demandes pour un volet social plus explicite se heurtent aux réticences de certains pays, comme l'Allemagne.
"C'est vrai que certains gouvernements ne sont pas satisfaits avec la partie sociale de la stratégie, mais d'autres disent aussi qu'elle n'est pas nécessaire. La Commission a cherché à présenter quelque chose de réaliste et crédible", a plaidé mardi le commissaire européen à l'Emploi Laszlo Andor, lors d'une rencontre avec des journalistes.
Régulièrement accusée d'ignorer les problèmes sociaux, la Commission va aussi démarrer mercredi avec les partenaires sociaux une énième tentative pour réviser la loi européenne sur le temps de travail. Elle visera à éliminer les dérogations à la semaine maximale de 48 heures. Avec la crise économique, la politique sociale est revenue sur le devant de la scène et a permis parfois d'amortir le choc. Nombre de pays ont mis en en place des aides financières publiques pour maintenir l'emploi dans les entreprises. Dans son opus dédié à la sortie de la crise économique, inscrit dans sa stratégie à l'horizon 2020, Bruxelles juge que le retrait des aides publiques pour financer le chômage temporaire ne devra débuter que lorsque l'emploi aura "renoué avec la croissance".
Mais les ministres de l'Emploi veulent plus précisément que l'Europe enregistre d'abord "une croissance nette d'emploi" et craignent que les ministres chargés des Finances ne partent trop rapidement à la chasse aux dépenses publiques, résume la Belge Joëlle Milquet. "Les mesures de soutien ne peuvent être retirées dès le premier frémissement de croissance", prévient-elle. "La croissance économique à elle seule ne va pas forcément créer des emplois", renchérit son homologue hongrois Lazslo Herczog. John Monks, secrétaire général des syndicats européens, a demandé mardi aux gouvernements de "ne pas sacrifier les dépenses sociales qui jouent le rôle d'amortisseurs de la crise".
"Cette année beaucoup de pays auront une croissance positive du PIB, mais pas une croissance de l'emploi. Certaines mesures de soutien pourront être levées, juge le commissaire Andor, en évoquant l'aide au secteur automobile. Pour autant, "il faut éviter de fixer des échéances", a-t-il promis.
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