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Italie
Italie: Ceci n’est pas une élection
Mis en ligne le 27/03/2010
D’emblée, il avait appelé le peuple à la rescousse, l’invitant à prononcer "un choix radical" en sa faveur. Pas de doute pour le premier ministre Silvio Berlusconi, les élections régionales de cette fin de semaine doivent constituer un test de demi-terme se soldant en un plébiscite à la gloire de "son gouvernement d’action" et de sa majorité parlementaire écrasante.
Près de 40 millions d’électeurs sont appelés, ces dimanches et lundi, à renouveler 13 conseils régionaux dont 11 avaient été attribués à la gauche il y a cinq ans. Les choses ont changé depuis : le Parti démocratique (PD) de Pier Luigi Bersani, successivement battu aux consultations législatives et européennes, dresse une opposition confuse et trébuchante que le clan Berlusconi veut écraser définitivement. La chose n’est pas simple.
Ces derniers mois, l’opinion publique a été secouée par deux nouveaux scandales financiers impliquant le Peuple de la liberté (PDL), la dernière création politique du Cavaliere Berlusconi, née il y a un an de la fusion de son parti personnel, Forza Italia, et d’Alliance nationale (AN), la droite conservatrice de Gianfranco Fini qui est aussi président de la Chambre.
On apprenait qu’autour de la Protection civile, le symbole berlusconien de l’activisme résolvant toutes les urgences, des séismes aux G8, des fêtes paroissiales aux évènements sportifs, s’est créé un comité d’affaires restreint mouillant des proches du Premier ministre pour décider arbitrairement des juteuses adjudications. Quelque temps plus tard, c’était au tour de deux grandes sociétés de télécommunication de connaitre les honneurs de la "Une" : un jeu de fausses factures leur a permis d’accumuler une fortune, notamment mise au service de l’élection d’un sénateur du PDL manipulé par la criminalité organisée et l’extrême droite. Les deux faits, hautement impopulaires, ont rogné la réputation de Silvio Berlusconi, qui s’est aussitôt employé à jeter le discrédit sur la presse et sur la magistrature, à ses dires phagocytées par les communistes revanchards et coupables de mener une campagne de dénigrement à ses dépens.
A force de slogans simplistes, la propagande berlusconienne s’est rapidement imposée comme le mètre-étalon de la campagne électorale, entrainant les adversaires du PD dans une course-poursuite aussi inutile que démentielle. Le refus pour causes techniques de la liste du PDL dans le Latium devenait ainsi pour un Silvio Berlusc oni "outragé" , "un abus de pouvoir" commis par les juges rouges auxquels il promet une fin peu glorieuse. Haussant le ton, sourd aux rappels quant aux vrais enjeux des élections régionales, le Premier ministre a jeté son équipe gouvernementale dans la mêlée. On a vu ses chefs de dicastères, lors d’une manifestation populaire à demi ratée, réduits au rôle de figurants et prêtant serment d’indéfectible loyauté envers le chef suprême qui en a profité pour exprimer son objectif unique : l’imposition par bouleversement de la Constitution d’un régime présidentiel modelé à son image et où la magistrature, sa bête noire, serait étroitement surveillée.
Le peuple, bien entendu, serait appelé par référendum à bénir ses choix. Dans la foulée, Silvio Berlusconi faisait avec succès pression sur l’Agcom, le haut commissariat indépendant pour les médias, pour qu’il bannisse du petit écran tous les présentateurs politiques dissidents, une intervention revendiquée par son auteur comme un haut fait d’armes. Le tribun Berlusconi fonce à toute vapeur dans l’effarement général. "La campagne électorale a été violente et néfaste au pays" , dit Emma Marcegaglia, la présidente du syndicat des patrons. L’opposition du PD n’élève qu’une voix timide. Silvio Berlusconi a gagné en détournant l’attention. Il est omniprésent sur le petit écran. On en oublie ses finances allègres, ses procès pour corruption, son avenir incertain devant les juges "complotant pour renverser la démocratie" dont il se porte garant unique alors qu’il qualifie le PDL de "parti de l’amour toujours vainqueur sur l’envie et la haine" .
Le one-man-show tonitruant déplait au très placide Gianfranco Fini et à ses lieutenants d’AN, bien conscients des difficultés et des lenteurs d’une réforme constitutionnelle, tout autant qu’à Umberto Bossi, le leader de la xénophobe Ligue du Nord, une côte flottante du PDL, qui vise à limiter l’ardeur berlusconienne dans ses fiefs de la Lombardie et de Venise. Le reste - mais quel reste ? - se jouera dans le secret des urnes. On s’attend à une abstention importante et à une remontée de la droite dans des régions-clés comme le Piémont et le Latium. Voilà pour aujourd’hui.
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