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Serbie
La Serbie demande pardon pour Srebrenica
Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 01/04/2010
Quinze ans après les faits, qui signèrent le plus grand massacre commis en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Parlement serbe a adopté une résolution solennelle condamnant le "crime" de Srebrenica.
En juillet 1995, lors d’un été torride dans les Balkans, près de 8 000 hommes, jeunes et adultes, musulmans de Srebrenica avaient été tués par les forces serbo-bosniaques, appuyées par des milices de Belgrade, comme les "Scorpions". On découvre encore aujourd’hui des charniers des victimes dans les localités de l’est de la Bosnie.
"Le Parlement de Serbie condamne avec une extrême vigueur le crime commis contre la population bosniaque, en juillet 1995, tel qu’établi par l’arrêt de la Cour internationale de justice", lit-on dans la déclaration adoptée à Belgrade dans la nuit de mardi à mercredi.
Les députés présentent aussi "leurs condoléances et leurs excuses aux familles des victimes parce que tout n’a pas été fait pour empêcher la tragédie".
Ils reconnaissent l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine (ce qui exclut un rattachement de la Republika Srpska à la Serbie) et appellent les autres Etats de l’ex-Yougoslavie "à condamner aussi les crimes commis contre le peuple serbe" lors de cette guerre qui s’est étirée en plusieurs phases de 1991 jusqu’à l’intervention de l’Otan au Kosovo en 1999.
Le fait que les députés ont évité le terme de génocide - reconnu par le Tribunal pénal international de La Haye et par la Cour internationale de justice (CIJ) à laquelle se réfère la Serbie - a provoqué la colère des veuves de Srebrenica. En 2006, la CIJ avait confirmé qu’un génocide s’était bien produit à Srebrenica mais s’était contentée de reprocher à la Serbie de n’avoir rien fait pour empêcher le drame.
Toutefois, le geste posé par le Parlement serbe, à une faible majorité de 127 voix sur les 173 parlementaires présents (sur un total de 250), après treize heures de débats houleux, reste significatif sur le plan politique.
Il est l’aboutissement d’une démarche du président serbe Boris Tadic, qui avait lui-même demandé pardon pour les crimes de Srebrenica en se rendant dans l’ancienne enclave bosniaque au dixième anniversaire de la tragédie. Il souhaitait un acte formel du Parlement et des élus de la nation pour officialiser ce pardon.
Son Parti démocratique (DS) a voté pour la résolution, de même que son partenaire de coalition, les socialistes (SPS), l’ancien parti de Slobodan Milosevic. En revanche, le Parti démocratique de Serbie (DSS) de Kostunica a voté contre, tandis que les libéraux se sont abstenus, jugeant la motion trop modérée.
"Nous avons adopté une mesure civilisée de personnes responsables politiquement, basée sur une conviction politique pour les crimes de guerre à Srebrenica", a expliqué un député de l’ancien parti de Milosevic, Branko Ruzik.
"Ceci est certainement un pas important, je dirais aussi insuffisant, mais il montre bien que la Serbie ne pourra pas éviter de se prononcer sur son passé récent", a prédit Zarko Korac, député libéral (LDP-opposition).
"Il n’y a eu aucune pression d’une quelconque organisation ou institution internationale pour adopter cette résolution sur Srebrenica. C’est notre décision, la décision du peuple serbe", a déclaré le président Tadic.
La résolution s’inscrit dans la volonté du gouvernement serbe de devenir une démocratie digne d’entrer dans l’Union européenne. Boris Tadic a déposé la candidature de son pays à la fin décembre 2009, mais sa lettre n’a pas encore été discutée par les 27.
"Cette déclaration favorise les relations de bon voisinage, l’un des critères de Copenhague pour l’adhésion", remarque un diplomate européen.
Mais la Serbie est encore loin de l’adhésion. Elle vient, l’an dernier, de surmonter un blocage néerlandais qui lui donne accès à certains chapitres de l’Accord de stabilisation et d’association (ASA) avec l’Union, ceux qui sont de la compétence exclusive de la Commission. Elle ne pourra accéder à la totalité de ce paquet préparatoire à l’adhésion que si le rapport du procureur du TPI, le Belge Serge Brammertz, lui est favorable lorsqu’il sera présenté début juin, ou mieux encore, si les deux derniers fugitifs, le général Ratko Mladic ou Goran Hadzic sont arrêtés et transférés à La Haye.
Ratko Mladic fut le chef d’orchestre de Srebrenica. C’est lui qui négocia la participation de la milice des Scorpions à l’attaque contre l’enclave, lui aussi qui nargua les 460 casques bleus néerlandais qui étaient censés protéger la petite ville bosniaque.
"L es Pays-Bas considèrent l’adoption de cette résolution comme un pas en avant car ils sont favorables à des initiatives des pays de l’ex-Yougoslavie pour faire face à leur récent passé", a réagi hier un porte-parole du ministère néerlandais des Affaires étrangères. "La résolution du Parlement serbe est un exemple de ce type d’initiatives", a-t-il ajouté. Les Pays-Bas restent traumatisés par l’échec de Srebrenica qui a jeté le discrédit sur leurs forces armées, les dirigeants politiques de l’époque et les Nations unies.
Les Pays-Bas avaient été l’un des rares pays à proposer des troupes à la Forpronu pour protéger six enclaves de l’est de la Bosnie que le Conseil de sécurité de l’Onu avait décrétées en mai 1993.
Le drame de Srebrenica symbolisa l’échec de l’Europe à assurer la sécurité dans sa zone géographique et l’impuissance de l’Onu, tiraillée par les désaccords entre grands Etats membres, à mener une politique à la hauteur de ses ambitions. Elle précipita aussi une intervention plus musclée de la communauté internationale qui, après un nouveau bombardement meurtrier du marché Markale à Sarajevo en aout 1995, finit par se décider à faire battre en retraite l’armée serbo-bosniaque. A l’automne, la guerre était terminée.
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