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Israël

Pâques sans risques

Renée-Anne Gutter

Mis en ligne le 03/04/2010

Les ruelles de la Via dolorosa ont accueilli des pèlerins du monde entier.
Correspondante à Jérusalem

Ce vendredi saint à Jérusalem s’est déroulé dans la ferveur, mais sous haute surveillance. Depuis que les tensions israélo-palestiniennes se sont ravivées au sujet de l’expansion juive à Jérusalem, la Vieille Ville à Jérusalem-Est y est presque chaque vendredi le théâtre d’émeutes palestiniennes.

Israël n’a donc pas voulu prendre de risques en ce jour particulier où les fidèles musulmans ont croisé des milliers de fidèles chrétiens. Et où, en cette semaine de Pâque juive, les fidèles juifs se recueillaient aussi en grand nombre devant le mur des Lamentations. A deux pas du mur des Lamentations et des mosquées d’Omar et El Aksa, les ruelles de la Via Dolorosa ont accueilli une longue procession de pèlerins : religieuses et ecclésiastiques, ouailles locales et étrangères, touristes des quatre coins du monde, tous courants chrétiens confondus, vu que latins et orthodoxes fêtent Pâques cette année en même temps.

Beaucoup portaient des croix de bois. Des Américains étaient vêtus en Jésus et soldats romains. Le tout sous la houlette des franciscains qui orchestrent le chemin de croix depuis des siècles, et sous l’œil de 2 500 policiers israéliens déployés dans et autour de la Vieille Ville.

Mais il n’y a eu qu’un seul incident. Voulant se frayer un chemin dans le Saint Sépulcre bondé, de jeunes Palestiniens ont foncé avec leur croix dans une barrière de police, acculant les policiers à fermer brièvement les portes de la basilique. Cependant, si des Palestiniens chrétiens de Jérusalem-Est étaient bien présents, leurs coreligionnaires de Cisjordanie et Gaza l’étaient moins. Déjà, en temps normal, Israël n’autorise l’entrée de Palestiniens à Jérusalem qu’au compte-goutte. "Sécurité oblige". A plus forte raison aux fêtes juives, durant lesquelles l’armée boucle l’ensemble des territoires.

Or, comme la Pâque juive se termine lundi soir, le bouclage ne sera pas levé avant la fin des Pâques chrétiennes. Dimanche dernier, à la fête des Rameaux, 200 activistes palestiniens, israéliens et internationaux ont voulu protester contre ces restrictions et ont tenté de se rendre pacifiquement de Bethléem à Jérusalem. Mais ils ont été refoulés au poste de passage entre les deux villes, et une quinzaine de Palestiniens parmi eux ont été arrêtés, dont un député du Fatah. Ceux-ci ont été relâchés depuis lors.

Certes, l’armée dit avoir fait exception pour 10 000 chrétiens de Cisjordanie et 500 de Gaza, auxquels elle aurait délivré des permis d’entrée pour toute la semaine de Pâques. Mais les Cisjordaniens affirment n’en avoir reçu que 3 000, et les Gazaouis pas un seul. Et même chez ceux qui ont le permis, le cœur n’y est plus.

De moins en moins de chrétiens des territoires veulent faire la route jusqu’à Jérusalem. Car même avec des papiers en règle, ils sont confrontés aux tracasseries des soldats postés aux innombrables barrages routiers qui parcellisent les territoires. Et, arrivés à Jérusalem, ils risquent - tout comme les Palestiniens locaux - d’être pris à parti par les extrémistes juifs qui se sont installés au fil des ans au cœur même de la Vieille Ville, y compris près de la Via Dolorosa.

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