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Religion
Un soutien total de la hiérarchie au Pape
Christian Laporte
Mis en ligne le 06/04/2010
Pâques 2010 entrera dans l’Histoire de l’Eglise catholique comme un moment de grande tension pour cause de révélations en cascade sur de parfois vraiment très anciens dossiers de pédophilie. Reste que la célébration de la Résurrection du Christ, sommet parmi les sommets de l’année liturgique catholique, a failli déraper dès vendredi soir à la basilique Saint-Pierre à Rome.
Lors de l’office du Vendredi Saint, le père franciscain Raniero Cantalamessa, prédicateur personnel du Pape avait cité la lettre d’un de ses amis juifs où celui-ci comparait les attaques contre l’Eglise à la violence collective contre les Juifs. "Je suis", lui avait dit ce proche "avec dégout les attaques violentes et concentriques contre l’Eglise, le Pape et tous les fidèles provenant du monde entier. L’utilisation du stéréotype, le passage de la responsabilité et faute personnelle à celle collective me rappellent les aspects les plus honteux de l’antisémitisme".
L’image volontairement forte du prédicateur entraina immédiatement une noria de réactions dans le monde juif. Pour le Grand Rabbin de Rome, Ricardo Segni, la comparaison était d’autant plus malvenue que "personne de la communauté juive n’était intervenu jusqu’à présent" dans les scandales pédophiles secouant le clergé. Ces abus "sont un problème de l’Eglise catholique et ce n’est certainement pas à nous d’intervenir ni de faire des comparaisons qui ne peuvent pas être faites".
Pour Stephan Kramer, le secrétaire général du Conseil central des Juifs d’Allemagne, ce propos est apparu comme "une impertinence et une insulte vis-à-vis des victimes des abus sexuels ainsi que des victimes de la Shoah". Et il ajoutait que le Vatican "a recours à de telles méthodes depuis des décennies pour étouffer et cacher les histoires qui éclaboussent l’Eglise catholique".
Face à la virulence des réactions, le P. Lombardi, sj, porte-parole du Pape expliquait qu’il s’agissait d’une vision personnelle du franciscain qui présenta à son tour ses excuses dans les colonnes du "Corriere della Sera".
L’on attendit alors avec curiosité le message pascal du Pape, à la ville et au monde mais dimanche matin, c’était un de ses cardinaux et non des moindres qui lui vola la vedette
De manière aussi surprenante qu’inattendue, Mgr Angelo Sodano, doyen du collège des cardinaux et ancien sécrétaire d’Etat de Jean-Paul II s’adressa en effet au Pape avant la messe du matin de Pâques en lui disant que "le peuple de Dieu est avec vous et ne se laissera pas détourner de sa voie par les ragots sans importance du moment, par les épreuves qui frappent parfois la communauté des fidèles". Et de saluer en BenoitXVI "un roc inébranlable sur lequel l’Eglise s’appuie fermement". "L’Eglise est avec vous Avec vous, les cardinaux. Avec vous, les confrères évêques éparpillés de par le monde. Particulièrement avec vous, en ces jours, les 400000 prêtres qui servent généreusement le peuple de Dieu", a-t-il dit au Pape, sous les acclamations des fidèles massés sur la place Saint-Pierre.
On osa supposer à partir de là que le Pape évoquerait à son tour la tempête dans laquelle se trouve l’Eglise depuis quelques semaines. Il n’en fut rien : Benoit XVI a affirmé que, face à une "crise profonde", l’humanité avait besoin d’une "conversion spirituelle et morale" et de "changements profonds, à commencer par celui de la conscience". Mais Benoit XVI n’a pas parlé des scandales en cours.
Plus classiquement avant de délivrer ses vœux de Pâques en 65 langues, il avait lancé un nouvel appel à la paix au Moyen-Orient, notamment en Terre sainte et en Irak, ainsi qu’en Afrique, plus particulièrement en République démocratique du Congo, en Guinée et au Nigeria. Le pape a aussi dit son souci pour les pays latino-américains et des Caraïbes "touchés par une dangereuse recrudescence des crimes liés au trafic de la drogue" ainsi que pour le Chili et Haïti dévastés par des catastrophes naturelles. Et il a dit son inquiétude pour les "chrétiens qui, à cause de leur foi, souffrent la persécution et même la mort" citant cette fois particulièrement le Pakistan.
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