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Défense
Moins d’armes nucléaires
Christine Dupré
Mis en ligne le 08/04/2010
Barack Obama et Dmitri Medvedev signent ce jeudi un nouvel accord américano-russe de désarmement nucléaire sous les lambris de la grande Salle espagnole du Château de Prague. Négocié depuis de longs mois, l’accord prévoit une réduction de près de 30 % des lanceurs et des ogives nucléaires dans les deux camps. Vaclav Havel, qui regrettait souvent le provincialisme de Prague, a pourtant écrit dans ses Mémoires ("A vrai dire"), que "c’était dans cette ville que débutaient où s’achevaient des époques". La guerre froide va sans doute, sur le plan militaire, s’achever pour de bon dans ce Château qu’il a quitté voici plus de sept ans. Le nouveau traité Start a été rendu possible par le renoncement d’Obama au projet de déploiement du bouclier antimissiles en Europe centrale voulu par l’administration Bush, mais dans lequel la Russie voyait une percée hostile des Américains dans son "étranger proche".
Le choix de Prague pour la signature n’a rien d’un hasard. Voici un an tout juste, le Président américain, qui savait déjà que les finances des Etats-Unis ne lui permettraient pas d’installer un radar géant dans l’ouest de la Bohème, avait promis sur la place du Château que son pays s’engagerait dans un nouveau cycle de désarmement nucléaire. Il avait remercié ses hôtes, le gouvernement dirigé par le conservateur pro-radar Mirek Topolanek, "de leur courage et de leur bonne volonté".
Aujourd’hui, la République tchèque est dirigée par un gouvernement de transition qui, à l’inverse du gouvernement polonais, n’a rien demandé comme garantie de sécurité à la place du radar. Ce radar auquel les deux tiers de la population étaient hostiles mais dans lequel les membres de l’ancienne opposition au communisme voyaient un symbole : "Il n’aurait eu aucune utilité sur le plan militaire, mais sa présence aurait obligé les Américains à nous protéger en toutes circonstances", regrette la journaliste Tereza Brdeckova. Comme nombre d’anciens opposants dans la région, elle voit avec inquiétude s’affirmer à nouveau la présence russe en Europe centrale, via le rachat d’entreprises, la volonté de racheter des aéroports, le contrôle de l’approvisionnement en gaz. "Ils sont dans la logique de la politique des tsars, une politique qui ne renonce jamais à une influence sur leurs anciennes possessions. Et cela, les Occidentaux ne le voient pas", disait-elle dans une interview à l’occasion du 20e anniversaire de la "révolution de velours" en novembre dernier.
Un de ses collègues du quotidien "Lidové Noviny" ironise sur le fait qu’"à défaut de protection américaine, les Tchèques auront droit à une signature". Barack Obama est bien conscient du malaise que son renoncement au bouclier antimissiles a fait naitre chez les gouvernants de la région. Il recevra ce soir à l’ambassade américaine onze chefs d’Etat et de gouvernement d’Europe centrale et balkanique, avant de s’entretenir vendredi avec le président tchèque Vaclav Klaus et le Premier ministre Jan Fischer.
La partie russe a, elle, accepté de venir signer à Prague (plutôt qu’à Kiev, un terrain neutre longtemps souhaité par Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères), en raison du "pacifisme" tchèque et des liens entre le chef de l’ Etat Vaclav Klaus et les milieux d’affaires proches du Kremlin. Beaucoup de Tchèques sont satisfaits de voir leur capitale devenir le théâtre d’un accord qui fera encore baisser la vieille tension militaire "Est-Ouest" dans la région. Ils sont bien moins nombreux, en revanche, à croire que les Russes vont se désintéresser durablement de leur pays.
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