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Congo
Le Congo va célébrer son cinquantenaire avec des signaux inquiétants
Marie-France Cros
Mis en ligne le 07/06/2010
La fermeté du président Kabila, au cours du weekend, est venue tirer d’embarras le Palais royal en Belgique : pouvait-on décemment envoyer le roi Albert II célébrer à Kinshasa, avec les autorités congolaises, le cinquantenaire de l’indépendance de l’ancienne colonie belge alors qu’un célèbre militant des droits de l’homme y disparaissait aux mains de la police?
Si cette fermeté se confirme, le régime de Kinshasa évitera en outre le "syndrome Zongo", du nom de ce journaliste assassiné au Burkina Faso alors qu’il enquêtait sur un meurtre lié au frère du chef de l’Etat, en 1998, meurtre qui empoisonne depuis lors la vie politique de ce pays - pourtant autrement plus stable que le Congo.
Car le meurtre de Floribert Chebeya survient alors que le Congo parait singulièrement déstabilisé. A part un, tous les signaux sont en effet au rouge, à moins d’un mois de la célébration du cinquantenaire.
Seul point positif : la conviction généralisée, dans les milieux économiques, que les institutions financières internationales vont considérer, dans les semaines qui viennent, que le Congo a atteint "le point d’achèvement", qui ouvrira les portes à l’effacement de 90% de sa dette.
Pour le reste, on ne peut que s’alarmer de l’accumulation des revers.
Ainsi, il y a des violences armées au Kivu, où les FDLR (rebelles hutus rwandais issus des génocidaires) ne sont toujours pas sous contrôle et où des préparatifs touchant à la constitution d’un mouvement armé "fédéraliste" ne cessent d’inquiéter les observateurs.
La LRA (rébellion ougandaise mêlant revendications "chrétiennes" et sorcellerie; très cruelle) ensanglante toujours les Uélés (Prov. Orientale) tandis que, plus au sud, en Ituri (Prov. orientale), les affrontements ethnico-mafieux ne sont pas apaisés. En Equateur, la rébellion mêlant jeunes Enyeles et ex-militaires de Mobutu et Bemba n’est pas sous contrôle. Lodja (Kasaï or.) a été marquée par des affrontements communautaristes sanglants en avril et Lubumbashi inquiétée par des rumeurs de "libération par des gendarmes katangais" (ex-armée sécessionniste de Tshombe) et des arrestations il y a une dizaine de jours.
Côté politique, cela ne va guère mieux. En mai, une motion de censure contre le Premier ministre Muzito pour "enrichissement illicite" a réuni contre ce dernier l’opposition et une partie de la majorité, à l’exception des partis de l’intéressé, le Palu, et du chef de l’Etat, le PPRD. Bien que retirée pour vice de forme, la perspective de l’examen de cette motion a suscité, le 19 mai, l’irruption violente de militants du Palu à l’Assemblée nationale, dont les grilles ont été enfoncées, et la prise à partie d’élus - dont le président de l’assemblée, Evariste Boshab (PPRD).
Du coup ce dernier - colère irréfléchie ou coup monté, car même à deux, ces partis sont minoritaires - a annoncé que les députés ne se réuniraient plus en plénière avant que le gouvernement, qui a présenté ses excuses, fasse réparer les dégâts causés par le Palu. Sauf à se dédire, c’est donc désormais, de facto, l’exécutif qui décidera de la prochaine plénière des députés, en accédant, ou non, à l’exigence de leur président. Notamment pour se prononcer sur la nouvelle motion de censure présentée à la signature d’élus pour être autorisée à être soumise au vote - vote que, même au sein de la majorité, on annonce désastreux pour le Premier ministre s’il a lieu.
Sur ces soubresauts inquiétants se greffe un mécontentement social marqué : l’absence de réalisations sociales de la présidence Kabila, qui se termine en 2011, est aggravée, aux yeux de l’opinion publique, par les mesures prises par les autorités congolaises pour contenter les institutions financières internationales, mesures qui drainent l’argent hors des rues, après une chute de moitié du pouvoir d’achat en 2009. Lorsqu’on interroge les Congolais moyens sur la proche célébration du cinquantenaire de l’indépendance, on suscite haussement d’épaules et colère : "Fêter quoi? On n’a rien".
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