La Libre.be > Actu > International > Article
L’asile et l’immigration
Méfiance au cœur de l’UE
Sabine Verhest
Mis en ligne le 06/07/2010
Ibrahim a été terriblement déçu lorsqu’il a appris qu’il ne pourrait quitter Malte pour s’installer en France. “L’un de mes frères habite à Bordeaux depuis 1973, il est marié à une Française.” Il espérait pouvoir s’y poser lui aussi, et faire venir sa famille. Arriver, enfin, au bout de son long voyage, forcé par la guerre, comme souvent. “J’ai perdu en une nuit ce que j’avais bâti en douze ans. Les escadrons de la mort m’ont tout pris et m’ont laissé avec une balle dans le ventre.” Mais ce réfugié ivoirien de 43 ans – échoué à La Valète après avoir franchi le Sahara, été exploité en Libye et traversé la Méditerranée sur une embarcation de fortune – n’a pas été choisi par les autorités françaises pour bénéficier de leur programme de réinstallation. Paris a permis l’an dernier à une poignée de personnes de quitter l’impasse maltaise pour se reconstruire une vie dans l’Hexagone.
L’ile méditerranéenne est, comme Chypre, la Grèce, l’Italie ou l’Espagne, un de ces pays portes d’entrée de l’Union où débarquent un grand nombre de candidats à l’Eldorado européen. Pour aider les Maltais qui, victimes de leur situation géographique, se sentent littéralement submergés par les demandeurs d’asile, quelques pays leur proposent d’accueillir une partie de leurs réfugiés. Mais “seuls une dizaine d’Etats ont un programme annuel de réinstallation”, regrette l’eurodéputée française Hélène Flautre. Et la Belgique, qui a par ailleurs soutenu la mise en place du Bureau européen d’appui en matière d’asile à La Valète, n’en est pas. “Alors qu’en 2009, 90 % des réfugiés sont accueillis par les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, seulement 6 % le sont par les pays européens, soit 5 000 sur les 66 000 réinstallés.” Aussi les eurodéputés ont voté le 18 mai dernier une résolution appelant à la création d’un programme commun de réinstallation afin de “soulager les pays tiers de la charge que représente l’accueil de très nombreux réfugiés, constituant ainsi un outil très important de partage équitable des responsabilités”.
Malgré les avancées des dernières années, le régime d’asile européen commun reste de l’ordre du projet plus que de la réalisation. Pour la présidence belge de l’Union, il relève de “la priorité absolue”. Et “pour atteindre cet objectif, le débat devra être conduit de manière active sur les conditions d’accueil des demandeurs d’asile, les procédures d’asile et les normes minimales de qualification pour une protection internationale”, peut-on lire dans le programme.
Mais “la méfiance s’est installée entre les Vingt-sept et, dès qu’on parle asile, cela suscite des réticences”, remarque-t-on dans l’entourage du secrétaire d’Etat à la Politique de migration et d’asile, Melchior Wathelet. “Nous ne sommes pas loin de l’implosion !”
Les Etats membres de l’Union ont tous ratifié la Convention de Genève relative au statut des réfugiés et, plus récemment, adopté la directive européenne – dite “Qualification” – établissant des règles minimales en la matière. “Nous avons signé les mêmes textes mais, en termes de reconnaissance du droit d’asile, nous n’avons pas les mêmes pratiques. Certains pays ne respectent pas les règles et y gagnent. Pour un demandeur d’asile, il vaut mieux aller en Belgique, en France ou en Allemagne. Il n’est pas normal qu’en Grèce, seulement 0,1 % des demandes d’asile aboutissent favorablement” alors que la moyenne européenne avoisine les 25 %, regrette-t-on du côté belge.
La Grèce est régulièrement critiquée pour le sort qu’elle réserve aux migrants. Elle, répond qu’elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour gérer un afflux qu’elle estime vertigineux et en appelle à la solidarité européenne.
C’est dans ce contexte tendu que la présidence belge planchera notamment sur la modification du règlement européen dit Dublin II, qui fixe, comme pays responsable de l’examen d’une demande de protection internationale, celui par lequel le candidat est entré sur le territoire de l’Union. Ce texte permet à un Etat qui appréhenderait un migrant sur son territoire – la Belgique par exemple – de le renvoyer vers sa porte d’entrée européenne – la Grèce en l’occurrence. Sur dix mois l’an dernier, pas moins de 995 personnes ont été renvoyées vers Athènes, dont 89 de Belgique. L’idée est de combattre les demandes d’asile multiples, à l’aide de la banque d’empreintes digitales Eurodac.
Mais l’une des conséquences est de voir les Etats périphériques, comme la Grèce précisément, mais aussi Malte, l’Italie ou encore la Pologne, particulièrement (sur)chargés. “On veut bien revoir Dublin II et en faire plus en termes de solidarité, mais ils doivent respecter les règles”, martèle-t-on dans l’entourage de Melchior Wathelet. La Belgique risque d’être condamnée prochainement par la Cour européenne des droits de l’homme pour traitements inhumains ou dégradants parce qu’elle renvoie, en vertu de Dublin II, des demandeurs d’asile vers la Grèce où ils risquent d’être maltraités. La méfiance belge est devenue telle que, l’air de rien, des contrôles ont été opérés à Zaventem sur les passagers des vols de la compagnie grecque en provenance d’Athènes…
A Malte, Ibrahim l’Ivoirien n’a pas baissé les bras. Il se refuse à partir clandestinement, à bord d’un bateau de pêche, vers l’Italie pour gagner la France, comme l’ont fait beaucoup de ses compagnons d’infortune. Le Jesuit Refugee Service, qui apporte une aide pratique aux migrants, a introduit pour lui une demande de “relocation” en Allemagne avec le Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR). C’est là, désormais, qu’il tente de se projeter, avec l’espoir un peu fou d’y retrouver un jour sa femme et ses enfants restés au pays.
© La Libre Belgique 2010
Le rire "communicatif" du...
François Fillon à Bruxelles
Le trophée de l'Euro 2012 se...
Il saute d'un hélicoptère...