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Italie
Divorce à l’italienne
Frédéric Hacourt
Mis en ligne le 31/07/2010
La rupture est définitive. Le Peuple de la liberté (PDL), la grande maison commune de la droite italienne libérale et modérée, dont la fondation avait été annoncée en grandes pompes par le Premier ministre Silvio Berlusconi il y a seize mois à peine, n’est plus. Le conservateur Gianfranco Fini, président du Parlement, qui était la poutre faitière de l’édifice, en a brutalement été chassé par un Berlusconi visiblement altéré pour incompatibilité de "mœurs politiques", un crime de lèse-majesté selon le code en vigueur dans l’entourage du Premier ministre.
Cette épuration attendue risque de mettre à mal l’existence même de l’exécutif. La cohabitation entre les deux protagonistes de l’épisode, qui se fréquentent et s’observent depuis deux décennies, a toujours été difficile. D’un côté, le jeune Gianfranco Fini, intransigeant, légaliste jusqu’au bout des ongles, qui a patiemment su éliminer d’Alliance nationale (AN), son parti, des relents de fascisme dont il était tributaire. De l’autre, Sua Emittenza Berlusconi, brusque, grand manipulateur et seul maitre à bord d’une droite virtuelle, construite à travers les médias dont il est le patron absolu.
Rien ne pouvait rapprocher ces personnages : Fini considérait d’ailleurs la naissance du PDL comme "la touche finale d’un vaudeville". Mais, alléché par le bénéfice médiatique du poste offert par Silvio Berlusconi et par la promesse de la reconnaissance tant désirée par le Parti populaire européen, le leader d’AN avait accepté la gageüre. Son légalisme sans faille allait aussitôt être mis à rude épreuve.
A la lumière des enquêtes menées par la magistrature méprisée par le Premier ministre, il est apparu qu’à l’ombre de son pouvoir absolu s’est constituée une cour des miracles en équilibre précaire entre le politique, la criminalité organisée et le profit personnel. Ces comités d’affaires illicites se sont notamment manifestés dans la reconstruction suite au séisme de L’Aquila (avril 2009), un scandale étouffé par l’équipe du Premier ministre. Par la suite, le gouvernement devait perdre coup sur coup le ministre de l’Economie Claudio Scajola, pris la main dans le sac, le ministre sans portefeuille Aldo Brancher, condamné à deux ans de réclusion, et le vice-ministre de l’Economie Nicola Cosentino. Ils étaient accusés de collusion avec des affairistes véreux ou avec la mafia.
La justice a aussi mis au jour une société secrète spécialisée dans le trafic d’influence et la diffusion de faux dossiers diffamatoires, agissant autant pour s’attirer la bienveillance de Silvio Berlusconi que par soif du gain. Ses promoteurs : Denis Verdini, le puissant régent du PDL, et le sénateur Marcello Dell’Utri, condamné à sept ans de réclusion pour connivence avec la mafia et protégé par Silvio Berlusconi. Il n’en fallait pas plus pour que Gianfranco Fini, avec le soutien du président de la République Giorgio Napolitano, soulève la question morale au sein du PDL. Un acte intolérable pour Silvio Berlusconi habitué à l’obéissance aveugle de ses troupes. Convaincu d’attaquer systématiquement l’intouchable figure du chef suprême, Fini est donc exclu du PDL et instamment prié de quitter ses fonctions de président du Parlement, ce qu’évidemment il refuse. La guerre est déclarée et la rentrée politique sera chaude à Rome.
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