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"Les Etats-Unis veulent un accord"
Véronique Leblanc
Mis en ligne le 21/08/2010
Historien, Elie Barnavi a été ambassadeur d’Israël en France au moment de la seconde Intifada. Fin 2008, il a publié "Aujourd’hui ou peut-être jamais, pour une paix américaine au Proche-Orient".
Dans votre ouvrage, vous appeliez Barak Obama à endosser le rôle d’ “homme providentiel” du Proche-Orient. C’est ce qui est en train de se passer ?
Obama a pris la question à bras-le-corps dès le début de son mandat et à aucun moment les Etats-Unis n’ont changé de cap. J’ai toujours su qu’à un moment donné on assisterait à la matérialisation de cette politique. Certes, la position américaine a été battue en brèche, des maladresses ont été commises - par exemple, l’exigence non suivie d’effets du gel des colonies ou le fait de s’adresser uniquement aux Arabes (le discours du Caire), en donnant aux Israéliens l’impression de les négliger - et l’administration a eu beaucoup de problèmes internes à régler, mais aujourd’hui, j’en suis certain, ils veulent vraiment aboutir à un accord.
Une volonté partagée par les Israéliens ?
Israël est aujourd’hui seul au monde, ce qui est intenable quand on veut participer au concert des nations. Israël n’est pas l’Albanie d’Enver Hodja ou la Corée du Nord. On saura très vite si Netanyahou veut vraiment aboutir à un résultat significatif car cela ne pourra pas se faire avec la coalition actuelle. Il lui faudra changer d’attelage, ce qui ne sera pas simple dans un contexte où il fait figure d’homme de gauche dans son propre parti (le Likoud) et où Kadima, le principal parti d’opposition apparait comme un supermarché d’idées qui compte une droite pas moins à droite que le Likoud. Il faudrait un leader d’exception pour gérer cette situation ; Netanyahou n’est pas trempé dans cet acier-là
Et côté palestinien ?
Les divisions entre Hamas et Fatah n’y rendent pas les choses plus évidentes. Les conditions ne sont donc pas si favorables que cela à la relance d’un processus de paix Si on regarde les parties en présence, effectivement cela n’incite pas à l’optimisme. Mais des éléments positifs existent : le front sunnite a tenu bon face à "l’arc chiite" et pousse à une solution raisonnable du conflit israélo-palestinien, la question iranienne reste pendante et inquiète le monde arabe Et puis, surtout, tout dépendra de la détermination de la communauté internationale, de sa capacité à agiter de concert la carotte et le bâton.
La communauté internationale, c’est-à-dire le Quartet Etats-Unis-Europe-Russie-Onu…
Oui, même si les Etats-Unis restent le chainon le plus important, il est essentiel que tout le monde soit là. Le Quartet exprime le consensus international. Il faut aussi souligner que l’invitation du président égyptien Moubarak et du roi Abdallah II de Jordanie est une excellente chose. L’une des erreurs de Clinton à Camp David avait été de laisser le monde arabe en dehors des négociations. En résumé, la configuration négative sur le plan intérieur côté israélien et palestinien peut être contrebalancée par un contexte propice au plan international.
Selon vous, le moment est donc opportun pour relancer les négociations ?
Le moment est extrêmement volatil. Il est dangereux puisque la position de l’Iran et de ses bras armés dans la région, Hamas et Hezbollah, peuvent mener à une conflagration, mais il est porteur d’espoir dans la mesure où la communauté internationale se révèle déterminée. Si les Américains prennent les choses en main, une solution raisonnable du conflit s’imposera sans passer par le détour d’une nouvelle guerre. Ce qui est train de se dérouler prouve que mon livre n’était pas complètement absurde. Tout va se jouer dans une période brève, agitée et extrêmement intéressante.
Elie Barnavi, "Aujourd’hui ou peut-être jamais. Pour une paix américaine au Proche-Orient ". André Versaille éditeur.
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