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Le livre de Tony Blair
Petits règlements de compte entre vieux amis
Ch. Ly.
Mis en ligne le 02/09/2010
Tony Blair, 57 ans, Premier ministre du Royaume-Uni pendant dix ans, a adressé une mise en garde très claire à la gauche du parti travailliste, dans ses mémoires - intitulées "A Journey" - publiées mercredi.
Le livre de 718 pages parait alors que débute au sein du Labour le vote interne qui va aboutir le 25 septembre à la désignation du chef du parti travailliste jugé capable de donner le change aux Conservateurs plébiscités aux élections du 6 mai dernier.
"Le danger pour le Labour est maintenant de dériver, encore plus loin vers la gauche", écrit Blair dans son livre, qui confirme l’énorme rivalité qui existait entre lui et son ministre des Finances, Gordon Brown.
De l’Ecossais, formé à la social-démocratie dans la banlieue ouvrière de Glasgow, Blair écrit qu’il était "parvenu à la conclusion qu’il valait mieux l’avoir à l’intérieur, et sous contrôle, qu’à l’extérieur et incontrôlé, ou pire, devenant la figure d’une proue d’une force de gauche susceptible de faire bien plus de dégâts".
Brown a toujours incarné la gauche traditionnelle au sein du Labour, prête aux sacrifices budgétaires et fiscaux si la situation économique le demande, mais toujours dépensière sur le plan social. Blair, fervent croyant dans la libre entreprise, est la tête de proue du New Labour, qui a porté les travaillistes au pouvoir en 1997 après la mort inopinée de John Smith en 1994.
"Le Labour a gagné quand il était le New Labour, il a perdu quand il a cessé de l’être", écrit Blair dans une pique de plus à son rival, écrasé aux élections de 2010. Blair - qui avait le soutien du patronat et des grands médias - applaudit Brown pour les mesures prises en 2008 pour contrer la crise financière mais lui reproche d’être revenu aux travers de l’Old Labour, à force de chercher à étendre sans discontinuer la main de l’Etat. "Le public comprend la différence entre un Etat forcé d’intervenir pour stabiliser les marchés et un gouvernement revenant comme un acteur majeur de l’économie", dit-il.
Les deux hommes entretiennent une relation complexe, faite d’admiration, de méfiance et de férocité. "Une intelligence analytique, certainement. Une intelligence émotionnelle, zéro", note Blair à propos de Brown.
Blair avait compris l’importance de l’image dans la politique, le spinning, et en abusait dans ses conférences de presse où ses talents oratoires cartonnaient devant les caméras de télévision. Le second, disent ses partisans, voyait plus loin, mais l’exprimait moins bien. Leur mésentente date de 1992, selon Blair, quand Brown refusa de se présenter contre John Smith à la présidence du parti travailliste.
La mésentente fut telle que Blair refusa à Downing Street de prendre les appels de son Chancelier de l’Echiquier, promettant de rappeler plus tard, ce qu’il fît rarement.
Dix-huit ans plus tard, le livre de Blair rouvre une blessure qui n’a jamais été fermée. Et une nouvelle lutte fratricide s’ouvre, selon le Guardian : celle qui va opposer les frères Miliband dans la course à la direction du parti. D’un côté, David, 45 ans, l’ex-ministre des Affaires étrangères de Brown, mais l’héritier de Blair. De l’autre, Edward, 41 ans, plus à gauche, plus idéaliste.
"A Journey" est paru mercredi comme Tony Blair a fait de la politique. Une interview au Guardian, mardi, une autre à la BBC, juste avant de s’envoler pour Washington où Tony Blair s’efforce de jouer les go-between dans le conflit du Proche-Orient. Quelques extraits et anecdotes savamment distillés pour la presse et le grand public. La promesse que les bénéfices de ces mémoires iront à la Royal British Legion, qui offre soutien et réconfort à ceux qui ont servi dans les forces armées britanniques. Une séance de signatures sous sévère contrôle chez Waterstones, Piccadilly Circus, le 8 septembre. Aucune indication sur les futures traductions dans d’autres langues.
Selon la presse britannique, Blair reconnait peu d’erreurs dans ses mémoires, sinon sur la chasse à courre et sur l’Europe, pour laquelle il aurait dû faire plus.
Aux partisans du Labour, il exprime sa gratitude et écrit dans la préface. "S’il est vrai que ma tête a pu être conservatrice, surtout en économie et sur la sécurité, mon cœur, lui, n’a jamais cessé de battre progressiste, et mon esprit est et sera toujours celui d’un rebelle".
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