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Les enjeux de la rentrée (4/5)

L’Europe peut-elle gagner en influence dans le monde?

Sabine Verhest

Mis en ligne le 02/09/2010

L'Europe parvient-elle toujours à faire entendre sa voix?

Que n’a-t-on devisé sur le nain politique et le ver de terre militaire dans l’ombre du géant économique européen? Que n’a-t-on glosé sur le plus grand donateur d’aide au monde incapable d’accompagner sa générosité de crédibilité politique? Que n’a-t-on ironisé sur la vision multicéphale et confuse de l’Union qu’avait Henry Kissinger: “L’Europe, quel numéro de téléphone?” L’ancien secrétaire d’Etat américain saurait-il qui appeler aujourd’hui? “Le répertoire téléphonique a été rationalisé, mais il reste plusieurs numéros”, constate le Pr. Christian Franck(UCL).

Critiquée pour son impuissance, son double discours ou ses divergences intestines, l’Union reste pourtant une référence dans le monde et garde un pouvoir d’attraction certain. Ces dernières années, son “action internationale s’est considérablement développée” et diversifiée, relève aussi le Pr?Franck?: on retrouve l’Union et ses Etats membres participant à la gestion civile des crises (avec des gendarmes en Haïti, par exemple), à des missions militaires (Atalanta au large de la Somalie), à la lutte antiterroriste (avec l’accord euro-américain d’échange des données bancaires), etc. L’Union constitue d’ailleurs “un multiplicateur de puissance pour ses Etats” et leurs dirigeants. Mais a-t-elle vraiment de l’influence?? Oui et non.

Pour Christian Franck, elle n’est pas “puissante sur tous ses fronts”,sa voix se fait entendre avec des intensités variables”?: “dans le domaine commercial, elle s’entend très fort; sur le Moyen-Orient, beaucoup moins”. Jusqu’ici, “par manque de cohérence, il lui était difficile d’avoir une voix et une action fortes” dans le domaine de la politique étrangère, estime pour sa part Marco Incerti, chercheur au Centre for European Policy Studies (CEPS). “Parmi les Vingt-sept, les Etats membres ont des approches de la politique étrangère et des zones d’intérêts géopolitiques différentes. Leurs compromis se résument souvent au plus petit commun dénominateur.”

Toute la question aujourd’hui est de savoir si, forte de ses deux nouveaux visages?–?le président du Conseil européen Herman Van Rompuy et la Haute représentante pour la politique étrangère Catherine Ashton?–,?l’Union européenne sera en mesure d’assoir son pouvoir sur la scène internationale dans les mois qui viennent.

Or, les débuts de Lady Ashton ont, jusqu’ici, fait l’objet de critiques plus que de louanges. “Il aurait été plus utile de nommer quelqu’un avec plus d’expérience, pour partir avec un avantage”, affirme M. Incerti. Mais, embraie-t-il, “pour l’instant, on ne peut pas lui reprocher grand-chose, elle a surtout été occupée par la mise en place de son service diplomatique et les négociations ont été plus difficiles que prévu”. On jugera de ses compétences dans les prochains mois, donc. Cela étant, son rôle se révèle “écrasant”, indique déjà le Pr?Franck. “Ses responsabilités internes sont lourdes et son rôle international est de voyager. Il faut faire preuve de sagesse et comprendre qu’elle ne pourra pas tout faire sans déléguer…”

Cela étant, Catherine Ashton et son service diplomatique en gestation apportent une amélioration certaine, mais d’ordre technique et organisationnel surtout. La mise en place d’ambassades européennes (les délégations) à l’étranger permettra ainsi à l’Union d’exercer plus de leadership sur le terrain, par exemple.

Mais la politique étrangère européenne ne deviendra pas subitement puissante et efficace. “Le service diplomatique aide, mais ne va pas changer les choses du jour au lendemain”, pronostique M. Incerti. D’autant que “le mammouth sera très difficile à mettre en mouvement”, pense le Pr?Franck. “Il faudra encore quelque temps avant que l’UE ait une voix plus forte” et pour autant que la volonté politique existe, reprend le chercheur du CEPS. “C’est une chimère, mais sans elle on ne peut avoir de résultats.” Comme l’écrivent les professeurs Christophe Hillion et Maxime Lefebvre dans un article consacré au service européen d’action extérieure?(1), l’Union, dont les Etats membres “paraissent se marginaliser quelque peu sur la scène internationale, face à une Adminis­tration américaine moins tournée vers l’Europe et à des puissances émergentes qui re­vendiquent leur place au soleil”, “peut essayer de compenser ce relatif déclin tendanciel par un surcroit d’unité et de cohérence, à la condition pour les nations euro­péennes de jouer plus collectivement, et de se montrer capables à la fois de définir leurs in­térêts communs et d’affirmer une volonté com­mune”.

Sans les (grands) Etats donc, conclut Christian Franck, “Mme?Ashton ne pourra pas faire des miracles, elle n’a pas de pouvoir de décision. Ni elle ni son service ne changent “la nature complexe de l’Union” et “le fait que l’UE n’a pas une unité de commandement centralisé comme un Etat”.

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