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France

L’inconfort grandissant de Woerth

Bernard Delattre

Mis en ligne le 03/09/2010

Ses explications sont de plus en plus laborieuses. Et Sarkozy est à nouveau cité.
Correspondant permanent à Paris

M

ais on est dans la banalité totale !" Nouvel agacement d’Eric Woerth jeudi. Alors que le ministre de Nicolas Sarkozy devait, une fois de plus, s’expliquer sur son rôle éventuel dans la remise, en 2008, du titre de chevalier de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre : le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, qui fut aussi jadis l’employeur de l’épouse d’Eric Woerth, et qui a été accusé d’avoir financé l’UMP quand Eric Woerth en était le trésorier.

Un des questions posées est de savoir si le ministre a intrigué pour que Patrice de Maistre soit décoré, en échange de contreparties passées ou à venir, familiales (l’embauche de son épouse) et/ou financières (le financement occulte de l’UMP). Auquel cas, ce serait du trafic d’influence, passible de jusqu’à dix ans de prison.

Jeudi, le ministre a reconnu avoir, en mars 2007, écrit à Nicolas Sarkozy pour lui recommander la décoration de Patrice de Maistre, pour services rendus à l’UMP. Ce courrier avait récemment été retrouvé par les enquêteurs, lors d’une perquisition. "J’ai fait cela comme un simple député, c’est d’une grande banalité", a justifié Eric Woerth. Qui a assuré n’avoir auparavant "jamais dit que (cette lettre) n’avait pas existé". Et continue de soutenir mordicus que, dans cette affaire comme dans d’autres, il n’a donc "pas menti".

Il n’empêche, cette précision donnée jeudi a fait du bruit. Car elle a illustré le chemin parcouru par le ministre dans ses dires à propos de cette affaire.

En effet, quand le scandale avait éclaté, Eric Woerth avait dit connaitre à peine Patrice de Maistre. Lorsque le parcours professionnel de Florence Woerth avait été mis au jour, son mari avait assuré avoir toujours érigé "une muraille de Chine" entre ce parcours et son propre travail ministériel. Ensuite, il avait dû convenir avoir, malgré tout, conversé un jour de la carrière de sa femme avec le bras droit de Liliane Bettencourt. Puis avait reconnu avoir décoré celui-ci. Mais, soutenait-il, sans jamais avoir joué le moindre rôle dans l’octroi de cette distinction. Il "a dit aux policiers qu’il ne se souvenait pas d’une quelconque action (en faveur de M. de Maistre), mais que, si on l’avait sollicité, il avait pu donner un avis positif", avait déjà nuancé l’avocat d’Eric Woerth.

Jeudi, en tout cas, ce cheminement explicatif ministériel a poussé le PS à réclamer, pour la première fois, non plus les explications mais la démission, d’un ministre qu’il a jugé "disqualifié" par ses "mensonges".

L’affaire n’a toutefois pas totalement éclipsé un possible deuxième nouveau développement. Ici aussi, il s’agirait du résultat d’une perquisition. Des notes personnelles de François-Marie Banier, dans lesquelles l’artiste aurait retranscrit ses conversations avec Liliane Bettencourt. Dans ces échanges, l’héritière de l’Oréal aurait évoqué des dons qu’elle aurait faits à Nicolas Sarkozy. "Cet écrit correspond à ma réalité vécue", aurait expliqué l’artiste aux enquêteurs. Mais la matérialité de ces conversations, la fiabilité de leur retranscription, et la véracité des dons allégués restent à prouver.

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