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La diplomatie pour les nuls

Arabie saoudite: des tabous ? Des clous !

Mis en ligne le 03/09/2010

L’Arabie saoudite n’est pas vraiment le prototype de l’Etat moderne et progressiste. La monarchie islamique est même tout le contraire : une société ultraconservatrice, marquée par le poids de la tradition et des clans. Dans un tel creuset, il existe pourtant l’une ou l’autre oasis de liberté, où l’humour et l’ironie ont droit de cité. Telle cette série télévisée satirique baptisée "Tach ma tach", qui déballe, tous les jours de ramadan à l’heure de l’iftar, le repas de rupture de jeûne, les nombreux tabous de la société saoudienne.

Depuis dix-sept ans, avec un succès d’audience jamais démenti, cette sorte de "Sex and The City" local expose ses épisodes gratinés abordant corruption, polygamie, rapports entre islam et christianisme, lourdeurs de l’administration, pouvoir tribual Au grand dam des conservateurs et des religieux.

Car "Tach ma tach" (que l’on peut traduire par "Quitte ou double") ne fait pas dans la dentelle. La polygamie, très répandue en Arabie, y est mise en scène sous les traits d’une femme polyandre. Puisqu’il est admis que les hommes aient quatre épouses, le personnage féminin de la série se choisit donc quatre époux. Et afin de changer, après trois maris saoudiens, la femme prend pour quatrième un Syrien, l’argument de l’étranger étant souvent invoqué par les hommes pour prendre une autre femme. En inversant les rôles, les responsables de la série entendent insister sur les souffrances subies par les femmes saoudiennes. Sans doute l’humour caustique propagé par la série (diffusée par une chaine émettant depuis la voisine Dubaï) se fait-il plus doux, le succès aidant, au palais des actionnaires saoudiens...

Sans vouloir préjuger d’une quelconque panne d’inspiration des scénaristes, surtout après dix-sept ans, glissons tout de même ici deux idées de thématiques à creuser, à la lumière des deux faits qui ont récemment émaillé une société qui, pour archaïque qu’elle soit, se laisse parfois aller à quelque élan de permissivité. On passera rapidement sur la manifestation - une activité très rare dans le Royaume - menée la semaine dernière dans la capitale Ryad par des diplômés de l’université - deux-cents, mais tout de même - pour réclamer des emplois (le taux de chômage dans le pays est de 10,5 %), pour s’attarder sur l’asservissement. Ainsi un couple de Saoudiens aurait puni son employée de maison qui avait le double tort d’être femme d’ouvrage et srilankaise, donc pour ainsi dire esclave. La punition infligée : vingt-quatre clous enfoncés au marteau dans le corps, plus une aiguille...

Que son récit soit aujourd’hui mis en doute par les autorités saoudiennes au motif que l’employée aurait dû sonner au portique d’aéroport avant de renter chez elle se faire opérer, ou qu’elle aurait monté de toutes pièces (vingt-quatre clous tout de même) cette (douloureuse) supercherie afin d’extorquer de l’argent à ses employeurs, il n’en reste pas moins que les accusations de mauvais traitements, confinant parfois à la torture, sont monnaie courante en Arabie saoudite. Un autre tabou à clouer au pilori de cette série.

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