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"Pourquoi refuser aux Etats ce qu’on accorde aux banques ?"
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 28/01/2012
Sur les voies à emprunter pour sortir la zone euro de la crise de la dette et relancer l’économie européenne, les opinions des députés européens belges Marianne Thyssen (PPE), Philippe De Backer (ALDE), Saïd El Khadraoui (S&D) et Philippe Lamberts (Verts) peuvent se rencontrer, ou diverger. En revanche, ils sont unanimes pour déclarer que cela ne peut se faire au détriment de la légitimité démocratique et que l’avenir de l’Union européenne passe par une intégration plus poussée.
L’Europe fait-elle fausse route en insistant sur la discipline budgétaire des Etats membres ? Cette politique ouvre-t-elle la voie à la récession ? Et l’Union porte-t-elle assez d’attention aux investissements qui stimuleraient la croissance ?
Philippe Lamberts : Si elle était sur le bon chemin, ça se verrait. On nie une évidence simple, il n’y a pas de fédération monétaire sans fédération budgétaire et donc fiscale, et donc politique. Il y a un refus d’effectuer ce saut fédéral alors que l’actuel mode intergouvernemental ne fonctionne pas. Je ne dis pas qu’il ne faut pas de discipline budgétaire, mais dans le même temps, on ne se met aucune discipline en termes d’investissements, de choix de modèle de développement économique. Philippe De Backer : Je ne suis pas tout à fait d’accord. La première chose à faire, c’est de remettre de l’ordre dans la maison budgétaire. On ne peut pas se permettre de refaire les erreurs des années 70 où les Etats ont créé des dettes que l’on paie encore aujourd’hui. Pour ce qui est de la croissance, l’Europe fait quand même des efforts, en matière d’innovation, d’infrastructures. Mais la croissance ne doit pas venir d’investissements publics. Il faut surtout mobiliser les capitaux privés qui se trouvent dans les banques et chez les épargnants. Enfin, il faut restaurer la confiance des marchés financiers. Prétendre, comme François Hollande, qu’on va se battre contre eux est inutile, si pas populiste. Marianne Thyssen : Il faut sauver notre modèle social et se donner les moyens de mener des politiques dans les années qui viennent. Il ne faut pas dire qu’on n’investit pas dans la croissance et dans l’emploi. Lors de la dernière décennie, les Etats membres n’ont pas tenu les engagements pris en 2000 dans le cadre de la stratégie (économique) de Lisbonne. Cette stratégie a été remplacée par EU2020, avec des objectifs concrets et des engagements des Etats membres. Pour répondre à la question budgétaire, il y a deux options : soit on paie l’addition maintenant plutôt que de laisser aller les dettes qu’on ne peut plus maitriser, soit on ne prend pas cette responsabilité et on refile le paquet à la prochaine génération. Je voudrais souligner qu’aujourd’hui, on lie le "six pack" (le paquet législatif qui renforce la discipline budgétaire et la surveillance macroéconomique dans l’Union, NdlR), le "two pack" (à l’état de propositions, relatives à la surveillance budgétaire dans la zone euro et en particulier dans les pays sous programme d’aide, NdlR), l’accord intergouvernemental (sur la discipline budgétaire) avec EU2020 et les programmes de réformes structurelles et stratégiques dont nous avons besoin. Ensuite, trop peu d’attention a été accordée à la compétitivité, alors que les divergences entre Etats membres de la zone euro étaient énormes. On essaie de réparer tout cela et c’est nécessaire. Je déplore que certains responsables politiques rejettent la faute sur l’Europe et fassent semblant qu’ils ne sont pas d’accord avec les nouvelles législations qui ont été préparées par la Commission et adoptées au Conseil et au Parlement européen. Saïd El Khadraoui : Depuis le début de la crise se sont tenus seize sommets européens qui ne l’ont pas résolue, loin de là. Beaucoup de décisions prises lors de ces sommets ne sont pas appliquées. La droite européenne, largement responsable vu sa majorité dans les institutions, se focalise trop sur les déficits publics. Il faut gérer ce problème, mais ce n’est pas la seule cause de la crise actuelle. Il faut rappeler qu’alors que les finances publiques irlandaises étaient saines, le déficit public a atteint 32 % du PIB et la dette publique a grimpé jusqu’à 92 %, parce que l’Etat a dû prendre à son compte la dette privée des banques. De plus, la gouvernance économique ne doit pas se limiter à des objectifs quantitatifs mais aussi fixer des objectifs qualitatifs en termes d’éducation, de lutte contre la pauvreté, d’emploi, de cohésion sociale Il y a des sanctions qui peuvent être appliquées pour le déséquilibre budgétaire, mais si on n’atteint pas les objectifs 2020, rien n’est vraiment prévu. Ensuite, il aurait aussi fallu des accords sur des mécanismes de solidarité pour la dette. M. Monti accomplit des efforts en termes de réformes et d’assainissement budgétaire, mais il doit emprunter à un taux d’intérêt de 7 % sur les marchés, là où Mme Merkel peut le faire à 1 %. Il faut créer des eurobonds ou donner à la Banque centrale européenne les moyens de mener une politique plus souple. Et, pour finir, on ne prend pas de décisions assez fortes pour la régulation du secteur financier.
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