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L'attentat au Musée juif a montré que la Belgique n'est pas à l'abri d'attentats jihadistes. "La Libre" a demandé aux principaux partis politiques belges quelles étaient les mesures à prendre en priorité pour prévenir un scénario à la française. L'Open VLD et le CD&V n'ont pas répondu.

"Le travail en amont doit être renforcé au niveau local"

Le PS répète qu’il est "prêt à soutenir les initiatives que prendra le gouvernement de Charles Michel pour encore améliorer la sécurité des citoyens mais reste plus que jamais, en cette période difficile, persuadé qu’il ne faut pas brader nos droits et libertés en donnant raison aux terroristes" . Le président Elio Di Rupo met l’accent sur l’arsenal répressif dont dispose déjà la Belgique. Son gouvernement "avait renforcé la législation pour lutter contre le radicalisme jihadiste : le recrutement, l’incitation et l’entraînement à des fins terroristes sont pénalement répréhensibles depuis 2012" . " Des moyens budgétaires sérieux doivent être consacrés, tant pour la prévention que pour la répression, si on veut lutter contre le radicalisme violent" , estime encore le PS qui songe d’abord à la police et aux services de renseignement. Pour le PS, c’est au niveau local qu’un travail en amont doit être renforcé. "Nous avons déjà, lorsque nous étions aux responsabilités, soutenu le développement du projet Coppra, qui aide les policiers sur le terrain à être attentifs aux signes de radicalisation. Il faut aussi favoriser l’engagement de référents "radicalisme" dans les communes; organiser en réseaux les services de prévention des villes concernées, etc. Il faut poursuivre dans cette voie" , dit le PS.


"Refuser de délivrer un passeport s’il y a des soupçons fondés"

Le MR avance une série de mesures très concrètes pour endiguer le phénomène. Les voici. La participation à certains conflits étrangers sera rendue punissable via une modification de la loi du 1er août 1979, indiquent les libéraux. Ils plaident aussi pour une "extension des possibilités de déchéance de nationalité belge en cas de condamnation en raison d’infractions terroristes ou d’infractions graves lorsque leur auteur bénéficie de la double nationalité". Le MR prône un durcissement des droits pour les terroristes étrangers : "Le statut de réfugié ou de demandeur d’asile ainsi qu’un permis de séjour pourront aussi lui être retirés ou refusés au cas où des actes terroristes ont été commis à l’étranger ou en Belgique." Autre mesure : le "refus de la délivrance d’un passeport ou révocation des documents de voyage s’il y a des soupçons fondés et très graves que la personne concernée commettra des actes constituant une menace pour notre sécurité". Le MR avance encore le suivi poussé des personnes qui se sont rendues dans les zones de conflit, la création de patrouilles anonymes pour "combattre le contenu radicalisé et haineux jihadiste véhiculé sur Internet" ou encore le contrôle renforcé des communes "défaillantes en matière de radiation administrative".

"Il faut investir sur le plan éducatif dans les quartiers"

Le parti Ecolo se montre peu bavard sur le sujet du terrorisme. "A l’image du Danemark, il faut une meilleure coordination entre les différents niveaux de pouvoir, du fédéral aux communes, pour assurer le suivi sécuritaire, judiciaire et social des personnes de retour de Syrie", estiment les verts, interrogés par "La Libre". "Au-delà, pour éviter que nos enfants soient des oiseaux pour le chat, il faut investir sur le plan éducatif et social dans les quartiers, dans les écoles mais aussi dans les prisons, c’est-à-dire là où les injustices sociales font le lit des discours radicaux et de filières qui peuvent conduire aux pires extrémités."

"La Belgique doit participer activement au réseau européen"

Pour Olivier Maingain , la lutte contre le terrorisme doit s’inscrire dans le cadre des 22 mesures du plan d’action européen adopté par les ministres de l’Intérieur en 2013. Pour le FDF, la Belgique doit participer "activement au réseau européen de sensibilisation à la radicalisation mis en place par la Commission européenne, réseau qui permet d’identifier les modes de recrutement des jihadistes et les routes empruntées pour rejoindre les camps d’entraînement". Au niveau belge, "le droit pénal doit incriminer les personnes qui se rendent ou tentent de se rendre dans un Etat autre que leur Etat de résidence ou de nationalité dans le but de commettre, d’organiser ou de préparer des actes de terrorisme, ou afin de participer, de dispenser ou de recevoir un entraînement au terrorisme." Le FDF estime que dans certain cas, la loi doit prévoir l’interdiction d’entrée sur le territoire national en cas de présomption d’actes de terrorisme. Olivier Maingain plaide pour un plan global de prévention face aux appels à la violence qui touchent les jeunes. Pour le FDF, les réductions de dépenses décidées par le gouvernement Michel pour l’Organe de coordination de l’analyse de la menace (Ocam) sont "incompatibles avec une ambition de lutte efficace contre le terrorisme".

"Il faut faciliter la déchéance de nationalité"

Le CDH a déposé cette semaine trois propositions de loi à la Chambre afin de renforcer l’arsenal belge contre le terrorisme. Objectif : "empêcher les départs et renforcer les sanctions au départ comme au retour", précise le parti. Ces mesures sont assez radicales : - Retirer la carte d’identité (document suffisant pour se rendre en Turquie, pays étape vers la Syrie ou l’Irak) et des documents de voyage d’une personne en cas de suspicion de départ vers une zone de combat. Le bourgmestre ou le commissaire de police pourrait à l’avenir saisir le procureur du Roi pour obtenir ce retrait immédiat. - Durcir et faciliter la déchéance de nationalité : dès qu’une peine atteint 2 à 5 ans ferme contre au moins 5 ans auparavant. - Activer la loi "anti-mercenaire" et y inscrire l’interdiction de combattre en Syrie et en Irak.

Le CDH dénonce aussi les réductions budgétaires. "Le budget de fonctionnement de la police fédérale est amputé de 117 millions en 2015 et le budget de l’Ocam, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace, est amputé de 17 %", compte le CDH qui réclame que des moyens budgétaires soient rendus à la politique de sécurité du pays.

"Prévenir les départs et mieux surveiller les Belges de retour"

Pour Bart De Wever "la barbarie qui s’est déroulée sous nos yeux ces derniers jours montre que, plus que jamais, la sécurité est la condition de base pour que notre société puisse fonctionner" . Pour le président du principal parti flamand, la sécurité revêt bien sûr plusieurs facettes et ne se limite pas à la répression. "La prévention est, en effet, également importante. Les différents niveaux de pouvoir ont donc chacun leur pierre à apporter à l’édifice. Chacun doit prendre ses responsabilités. Cela vaut aussi, pensons-nous, pour toute personne qui habite dans le pays." Et Bart De Wever de lancer dès lors dans la foulée un appel très clair : "Respectez les valeurs de la démocratie, dont fait partie la liberté de presse et d’expression, ou partez. Le contexte actuel ne fait que souligner, si cela était nécessaire, que nous devons très rapidement avancer dans la lutte contre le radicalisme. Comme le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Jan Jambon, l’a encore confirmé, un plan global d’actions concrètes va être déposé très rapidement sur la table du gouvernement : prévenir les départs, empêcher les non-nationaux de revenir et mieux surveiller les Belges qui sont de retour."

"Réconcilier, relier et réunir"

"Réconcilier , relier et réunir est vraiment une priorité pour montrer combien notre vivre ensemble est solide." Pour le président des socialistes flamands, c’est "la" priorité du moment plutôt que d’avancer des propositions concrètes à ce stade. Pour être bien sûr que ce message passe à tous les étages de son parti, Bruno Tobback l’a écrit dans une lettre adressée à tous les membres du SP.A dans laquelle il invite d’abord les militants à surmonter la peur. Non sans rappeler le caractère absolu de la liberté d’expression même lorsqu’on peut avoir l’impression qu’"on dépasse les limites de la bienséance". Du reste, "cela ne peut en aucune manière déboucher sur la violence et encore moins sur des meurtres de sang froid". Le SP.A plaide aussi avec force contre la tentation de faire des amalgames : "On ne peut condamner ceux qui ont une conviction ou une foi pour les actes que quelques fanatiques commettent au nom de celles-ci." Aussi les socialistes flamands mettront-ils tout en œuvre pour combattre"toute politique de polarisation qui répond par la haine à la haine et par l’extrémisme à l’extrémisme". D’autant plus "qu’on ne construit pas la société sur la peur mais sur une perspective de progrès et d’émancipation pour tous"…