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Vingt-neuf accusés, 49 avocats, 650 témoins, 98 experts... L'importance du procès qui s'ouvre ce jeudi à Madrid est à la mesure du choc qui en est à l'origine. Le massacre du 11 mars 2004, qui avait tué 191 personnes autour de la gare madrilène d'Atocha, et fait 1 824 blessés, est le plus grave attentat jamais perpétré en Espagne, et le plus meurtrier à l'échelle européenne depuis celui de Lockerbie, en Ecosse.

Presque trois ans après les faits, l'Audience nationale, le tribunal chargé des affaires de terrorisme, organise donc un méga procès, placé sous très haute surveillance, qui durera au moins cinq mois, après une instruction fleuve : sur 93 000 pages, le dossier comporte notamment 200 preuves d'ADN, des milliers d'écoutes téléphoniques. La dernière expertise, tout juste remise aux magistrats, concerne l'explosif utilisé pour les dix bombes qui, au petit matin du 11 mars 2004, ont éventré quatre trains de banlieue se dirigeant vers la gare d'Atocha.

Pour les magistrats de l'Audience nationale, ce procès, maintes fois reporté, ne pouvait être remis indéfiniment. Si, en effet, le verdict n'est pas prononcé avant la fin de l'année, la plupart des accusés devront alors être remis en liberté. Peu après le massacre de Madrid, grâce à la découverte d'un sac n'ayant pas explosé, les enquêteurs avaient vite remonté la filière islamiste responsable des attentats, ­un réseau monté en Espagne, proche du GICM, Groupe islamique des combattants marocains. Mais les obstacles s'étaient ensuite accumulés : le 3 avril 2004, soit trois semaines après la tuerie, la plupart des poseurs de bombe supposés, coincés par la police dans un appartement de Leganés, dans le Sud de la capitale, mouraient dans un suicide collectif à l'explosif; d'autres terroristes avaient pu ensuite prendre la fuite; en outre, les conservateurs du Parti populaire (PP), persuadés que les attentats leur avaient coûté les législatives du 14 mars, n'ont cessé de mettre des bâtons dans les roues au travail de Juan Del Olmo, le principal juge chargé de l'instruction. Sur les 29 suspects (dont neuf Espagnols), seuls 18 vont s'asseoir derrière les parois de verre blindé installées dans la salle du procès, les "absents" étant en fuite.

Au total, le procureur a réclamé 270 000 années pour les principaux accusés, sachant qu'en vertu du code pénal espagnol, la limite de la réclusion est fixée à 40 ans. Seuls trois des 12 supposés poseurs de bombe (les Marocains Jamal Zougam et Abdelmajid Bouchar, le Syrien Basel Ghayloun) seront présents, les autres s'étant suicidé à Leganés. Les regards se porteront aussi sur chacun des trois supposés "auteurs intellectuels" de la tuerie : Rabei Ousmane Zayed Ahmed, alias "Mohamed l'Egyptien" (arrêté en Italie) qui sera le premier à comparaître, se serait plusieurs fois vanté d'avoir conçu le projet des attentats du 11 mars; le Marocain Hassan Al Haski, un dirigeant supposé du GICM; et, surtout, son compatriote Youssef Belhadj qui, à plusieurs reprises, aurait revendiqué des attentats perpétrés au nom d'al Qaeda. En fin de procès, comparaîtra le "réseau des Asturies" (du nom d'une région du Nord de l'Espagne), soupçonné d'avoir fourni aux terroristes les 200 kilos d'explosifs nécessaires aux attentats. Leur chef présumé, l'ancien mineur José Emilio Suarez Trashorras, est passible de 93 500 ans de prison, soit un peu plus que Mahomed l'Egyptien et Youssef Belhadj.