International L’opération "lavage express" continue de faire des dégâts et touche cette fois un juge de la Cour suprême.  

Le scandale n’épargnera décidément personne. Après avoir contribué à la chute du Parti des travailleurs de Dilma Rousseff et durement frappé le gouvernement de Michel Temer et sa coalition parlementaire, la gigantesque opération anticorruption "Lava-Jato" (lavage express) continue de faire des dégâts. Mercredi, de nouvelles révélations concernant Gilmar Mendes, juge de la Cour suprême (STF), sont venues ternir l’image du pouvoir judiciaire, jusqu’alors relativement épargné par l’affaire. Selon le journal conservateur "Folha de São Paulo", le groupe J&F, à la tête du géant agroalimentaire brésilien JBS, lui aussi impliqué dans le scandale, aurait versé plus de 600 000 euros à un institut de droit public (IDP), dont Gilmar Mendes est l’un des principaux actionnaires. Les donations auraient, notamment, servi à organiser des conférences où étaient invités des caciques politiques visés par l’opération.

S’il a rejeté toute responsabilité dans l’administration de l’IDP, Gilmar Mendes se retrouve dans une position délicate, puisqu’il est censé statuer sur plusieurs questions concernant JBS. Et alors que le juge affirme n’avoir aucune raison de se retirer de l’enquête, certains crient au conflit d’intérêt.

Dans la foulée des révélations du journal, un ancien procureur général de la République et un professeur de droit ont d’ailleurs présenté au Sénat une demande de destitution du juge pour "activités politico-partisanes".

Interférences politiques

Car ce n’est pas la première fois que le nom de Gilmar Mendes est relié à l’opération Lava-Jato. Fin avril, lors d’une conversation téléphonique mise sur écoute par la police fédérale, le sénateur de droite Aécio Neves, lui aussi dans la ligne de mire des enquêteurs, lui avait demandé d’intercéder en sa faveur auprès d’un autre sénateur de son parti afin que ce dernier vote pour un projet de loi punissant l’abus d’autorité, une requête que le juge avait accepté. Ce texte, vivement critiqué par les juges et les procureurs chargés de Lava-Jato qui y voyaient une tentative d’entraver l’enquête, avait fini par être voté par le sénateur en question et adopté par la Chambre haute.

Mais les interférences au sein du pouvoir judiciaire ne sont pas nouvelles. "Lors du scandale du Mensalão (achat de votes de députés sous Lula), un des juges était proche d’un ministre mis en cause. Il ne s’était pas retiré et ses pairs n’avaient pas réagi", rappelle Nuno Oliveira, professeur de sciences politiques à l’Université de São Paulo, avant d’ajouter : "Ces risques d’interférences sont inhérents au droit brésilien, où les juges sont désignés par le président de la République et validés par le Sénat. La plupart du temps, le président désigne des noms proches des forces politiques de la Chambre. Et même si, une fois nommés, les juges n’ont plus à être soutenus par les partis, il existe un vice d’origine."

Ce biais politique peut-il porter préjudice à l’opération Lava-Jato ? "L’équilibre est compliqué et il existe toujours un risque concernant l’impartialité des juges. Des cas comme celui de Gilmar Mendes, au profil assez polémique, contaminent forcément l’image de l’institution et du pouvoir judiciaire", admet Nuno Oliveira. Mais trois ans après le début de la méga-opération, les multiples incarcérations d’entrepreneurs et de politiciens donnent du crédit à la justice. "L’opinion publique a le sentiment qu’il n’existe plus d’impunité pour les gros poissons", pointe Marco Aurélio Nogueira, professeur en sciences politiques à l’Université d’État de São Paulo.