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Dacia Munezero et Armel Gilbert Bukeyeneza sont deux des trois principaux animateurs du blog collectif burundais Yaga. La Libre Belgique les a rencontrés alors qu’ils se trouvent en Europe pour une formation offerte par une ONG néerlandaise.

Yaga existe depuis février 2015, soit deux mois avant l’éclatement de la crise provoquée par le refus du président Pierre Nkurunziza de respecter l’interdiction de se présenter à un troisième mandat. “Au début nous étions quatre; puis une vingtaine d’autres personnes - des jeunes, des enseignants - nous ont rejoints, généralement originaires de Bujumbura. Puis, nous avons pu élargir le recrutement à tout le pays et aujourd’hui nous sommes 70”, explique Dacia Munezero.

Commenter la politique et la sécurité

Les contributeurs commentent l’actualité qui, en raison de la crise, est “surtout politique et sécuritaire, mais nous abordons aussi des questions de société comme le chômage ou la santé”. Des sujets délicats dans un pays où la communauté internationale s’inquiète de la dérive autoritaire, de la fermeture des médias indépendants, d’une répression meurtrière, de l’influence grandissante de la milice armée du parti présidentiel (les Imbonerakure) et de la naissance de mouvements armés de résistance réclamant le respect de la Constitution.

Comment bloguer sur des sujets politiques dans ces conditions?

“Beaucoup d’interventions sont publiées sous pseudonyme, même si certains de nos textes sont signés de nos noms”, explique Armel Bukeyeneza. “Mais notre principale protection est que le blog est ouvert à toutes les opinions, celles d’Imbonerakure comme celles de gens opposés au gouvernement. C’est une plateforme d’expression des jeunes. En outre, nous sommes modérés: on doit argumenter ses positions, pas faire des affirmations gratuites, et être poli”, ajoute le jeune homme.

Certains contributeurs présentent des textes d’analyse, d’autres des commentaires humoristiques. “Chacun a sa manière de s’exprimer et le résultat est très varié”, souligne Dacia Munezero.

Dans la rue, on a peur

Yaga présente des textes, “beaucoup de réponses aux textes déjà publiés”, mais aussi des videos et des dessins. La plupart des videos viennent cependant de la province. “C’est très difficile de tourner - ou même de prendre une simple photo avec son téléphone - à Bujumbura, surtout si c’est une scène de violence”, indique Armel Bukeyeneza. “Parfois, nous avons aussi des videos d’événements qui se déroulent à l’intérieur d’un bâtiment dans la capitale. Mais dans la rue, on a peur”.

Depuis la répression/destruction des médias privés, en mai 2015, un collectif de journalistes burundais a mis sur pied un site, “SOS Médias”, qui diffuse des informations. Yaga en reprend certaines “et vice versa”, indique Dacia Munezero. “Dernièrement, ils ont incité leurs lecteurs à voter pour nous dans une compétition internationale de blogueurs et nous sommes arrivés deuxièmes”, ajoute-t-elle dans un sourire.

Yaga assure aussi le suivi des tweets politiques burundais, afin de développer ce qui s’est ainsi exprimé et “a fait le buzz de la semaine”.

Au total, dit Armel, Yaga “joue un rôle de rassembleur de la jeunesse et permet que la parole sorte dans le respect de l’autre. Ce n’est pas facile dans un contexte de radicalisation des opinions, où il devient de plus en plus dur de parler à quelqu’un qui ne pense pas comme toi, où celui qui pense différemment est à abattre”.