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Au Chili, l'Eglise catholique est dans le collimateur de la justice: un de ses plus hauts représentants doit être entendu mardi pour avoir couvert des abus sexuel et plusieurs autres prélats sont dans la ligne de mire du parquet.

Dans un entretien à l'AFP, le procureur chilien Emiliano Arias, qui centralise une partie des enquêtes de ce scandale qui secoue son pays, confie que d'autres évêques, "dont les actes sont en train d'être analysés, pourraient également être mis en cause".

Mardi, il doit entendre l'archevêque de Santiago Ricardo Ezzati.

Ce procureur régional de Rancagua (centre) devra déterminer si ce cardinal a "respecté ou non ses devoirs" de protection des victimes, au vu des accusations de dissimulation d'abus sexuels sur mineurs qui pèsent sur lui.

Mais selon Emiliano Arias, il est peu probable que Mgr Ezzati soit incarcéré, car "la prison préventive est la mesure la plus sévère du code de procédure pénale avant une condamnation" et que le principe de "proportionnalité" s'applique.

"La peine d'un complice doit être inférieure à celle de l'auteur", précise-t-il.

La plupart des preuves qui ont permis d'accuser Mgr Ezzati ont été récoltées au cours d'une perquisition à l'archidiocèse de Santiago, l'Eglise catholique ayant refusé jusqu'à présent de remettre à la justice des documents demandés, en invoquant le respect des victimes.

"L'Eglise aurait dû dénoncer (les faits) immédiatement. Son intérêt est que tout cela prenne fin", lance le procureur en charge de 19 des 38 enquêtes ouvertes par le parquet.

Par ailleurs, le Parlement chilien envisage de retirer sa nationalité au cardinal Ezzati, Italien naturalisé en 2006.

Pour l'heure, cinq évêques ont renoncé à leurs fonctions dans le cadre de ce scandale et le prêtre Oscar Muñoz, ancien bras droit de l'archevêque Ezzati, est en détention préventive pour abus sur au moins sept mineurs.

Procès dans "6 à 8 mois" 

Les premiers procès auront lieu "dans un délai de six à huit mois", estime le procureur qui souligne "la grande difficulté" à prouver la culpabilité d'une personne dans les cas de dissimulation.

Si les enquêtes visent pour l'instant 158 membres de l'Eglise catholique chilienne et recensent 266 victimes, dont 178 étaient mineures au moment des faits, le nombre total des victimes reste "difficile à quantifier", car le nombre de dénonciations ne cesse d'augmenter. Le procureur précise également que la moitié des cas sont déjà prescrits.

Il différencie toutefois le cas chilien du récent scandale en Pennsylvanie, aux Etats-Unis, qui met en cause 300 prêtres pédophiles dont les agissements ont été couverts par la hiérarchie, selon la justice.

Début août, les évêques chiliens se sont excusés d'avoir "manqué à leurs devoirs de pasteurs" et de ne pas avoir "écouté, cru, reçu ou accompagné les victimes des graves péchés et des injustices commises par les prêtres et par les membres de l'Eglise", au terme d'une assemblée extraordinaire de la Conférence épiscopale.

A cette occasion, les évêques ont annoncé une série de mesures pour répondre et résoudre la crise que traverse le clergé chilien. Ils se sont notamment engagés à collaborer avec le parquet.

Au cours d'un voyage au Chili en janvier, le pape François avait défendu avec force l'évêque chilien Juan Barros, soupçonné d'avoir tu les crimes d'un vieux prêtre pédophile, se déclarant persuadé de son innocence et demandant aux victimes présumées des preuves de culpabilité.

Il avait ensuite présenté des excuses puis dépêché au Chili Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte chargé d'enquêter sur les cas de pédophilie chez les prêtres, afin de s'entretenir avec les victimes.

En mai, il avait invité à Rome certaines des victimes et avait convoqué l'ensemble des évêques chiliens. Ces derniers avaient présenté leur démission en bloc après la rencontre. Celle de cinq d'entre eux a été acceptée par le souverain pontife.

Les autorités de l'Eglise catholique chilienne "auraient pu et auraient dû" éviter de nombreux abus contre des enfants, a déploré le président chilien Sebastian Piñera.