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Les secouristes japonais se battaient dimanche pour sauver les sinistrés piégés par les conséquences dramatiques de pluies exceptionnelles qui continuent de s'abattre violemment sur une partie de l'ouest du Japon et ont déjà tué au moins 75 personnes, selon un bilan officiel provisoire.

"Les secours, le sauvetage de vies et les évacuations sont une course contre la montre", a déclaré Shinzo Abe durant une réunion de crise à Tokyo avec les principaux ministres, tandis que le porte-parole du gouvernement a également fait part de nombreuses disparitions de personnes.

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La chaîne publique NHK faisait état d'un bilan encore plus lourd de 68 morts et 56 disparus.

Une centaine d'habitants des régions les plus touchées ont été blessées, d'après l'Agence de gestion des incendies et catastrophes naturelles.

L'état d'alerte maximum a été levé partout, mais des avis de niveaux inférieurs sont maintenus.

Dans la ville de Mihara, près d'Hiroshima, la pluie s'est arrêtée dimanche après-midi et les habitants ont commencé à réaliser l'ampleur du désastre. Les routes sont des rivières boueuses, laissant apparaître ici et là, à moitié noyés, des véhicules laissés à l'abandon.

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Quelque 300 personnes, des nourrissons aux personnes âgées, ont par ailleurs été prises au piège dans un hôpital de Kurashiki, dans la préfecture d'Okayama, alors que l'eau d'une rivière avoisinante a déferlé sur la région. Les sauveteurs hélitreuillaient une partie des sinistrés réfugiés dans l'établissement tandis que d'autres étaient évacués par bateau.

Mutsunari Imawaka, un porte-parole du bureau de gestion des catastrophes de la préfecture d'Okayama, a expliqué à l'AFP que la situation était très difficile à évaluer: "la catastrophe est énorme et nous travaillons dur pour sauver le plus de vies possibles".

Les précipitations record enregistrées depuis plusieurs jours dans plusieurs régions ont entraîné des crues exceptionnelles, des glissements de terrain et inondations, piégeant de nombreux habitants malgré des ordres d'évacuation donnés à plus de 2 millions de personnes, instructions pas toujours respectées car il est parfois déjà impossible ou trop dangereux de bouger.

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Quelque 54.000 pompiers, policiers et militaires des Forces d'autodéfense ont été déployés sur le terrain, "faisant leur maximum pour sauver des vies", a souligné M. Abe, mais ils affrontent des difficultés majeures compte tenu de l'inaccessibilité de certains lieux en pleine campagne.

Les services de secours essayaient de sauver des habitants réfugiés sur les toits de leurs maisons en grande partie sous les eaux. Les images de télévision les montraient agitant des chiffons blancs pour être repérés. Hélicoptères, bateaux et autres véhicules ont été mobilisés. Nombreux sont aussi ceux qui lançaient des appels au secours sur les réseaux sociaux en donnant leur adresse postale.

Des dizaines de maisons ont été en tout ou partie détruites et des milliers envahies par les eaux.

Les précipitations ont dépassé un mètre en une centaine d'heures dans plusieurs régions, l'agence météorologique estimant que de tels niveaux ne sont atteints que rarement en plusieurs décennies. Elle a qualifié les pluies de "terribles" et estimé qu'elles dureraient jusqu'à dimanche.

Des usines (Panasonic, Mitsubishi Motors, Mazda) ont été contraintes de stopper leurs chaînes de production dans la région de même que des services comme Amazon.

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"Jamais vu ça": le sombre retour d'un fermier japonais dans sa maison dévastée

Masanori Hiramoto n'a pas pris la peine d'ôter ses chaussures comme le veut la coutume japonaise pour rentrer dans sa maison, dévastée par les précipitations torrentielles qui ont fait des dizaines de morts dans l'archipel nippon.

De retour dans son habitation traditionnelle du village bucolique de Mihara, dans la préfecture d'Hiroshima (ouest), ce cultivateur de riz de 68 ans est sous le choc des dégâts engendrés par la violence des eaux en son absence.

Au rez-de-chaussée de son domicile, les débris et la boue forment une pâte informe. Des pans de murs ont été arrachés.

"J'ai vécu ici toute ma vie. J'ai n'ai jamais vu ça avant", confie-t-il abattu, à propos de ce logis où sa femme et lui ont élevé leurs trois filles, désormais adultes.

Masanori Hiramoto fait partie de la soixantaine de résidents évacués de Mihara qui ont pu y revenir dimanche, deux jours après en être partis à la demande des autorités.

Les précipitations exceptionnelles de ces derniers jours au Japon ont fait au moins 75 morts, selon le dernier bilan encore provisoire du gouvernement. La chaîne publique NHK faisait état d'un bilan encore plus lourd de 68 morts et 56 disparus.

Comme pour l'agriculteur, les officiels ont demandé à plus de deux millions de personnes de régions occidentales et méridionales de l'archipel d'évacuer leur logement. Ces instructions ne sont toutefois pas obligatoires et des habitants restés sur place ont été pris dans des inondations éclair ou des glissements de terrain.

À Mihara, bourg au milieu des montagnes, les constructions sont surélevées au-dessus du sol. Mais la montée des eaux a tout englouti, maisons aussi bien que champs de riz.

À l'intérieur du logis du fermier, l'inondation a renversé le frigo. Les possessions du couple, qui avait décoré son foyer avec soin, sont éparpillées. L'eau s'est élevée bien au-dessus du niveau de la tête, comme en attestent les marques.

"Je ne sais pas par où commencer le nettoyage. Je ne sais pas où est quoi", lâche-t-il, toujours vêtu du bermuda taché de boue qu'il portait lorsqu'il a fui précipitamment.

Relais d'autoroute

Masanori Hiramoto n'avait jamais eu à évacuer auparavant. Mais lorsqu'une alerte passe à la télévision vendredi soir alors qu'il regarde le baseball, sa femme et lui prennent la décision de partir.

Ils roulent jusqu'à un refuge, modeste bâtiment avec deux chambres, une cuisine et des toilettes. Or sur place, ils découvrent qu'une soixantaine de déplacés s'y entasse déjà.

Le couple va alors s'abriter dans un tunnel non loin. Option qu'il doit vite abandonner lorsque la boue commence à envahir l'endroit.

Ils passent la nuit à un relais d'autoroute, à dormir dans deux voitures. Sans électricité ni eau courante à leur domicile, ils comptent retourner dimanche soir au refuge, où ils ont également passé la nuit du samedi.

L'équipement agricole de Masanori Hiramoto, dont un tracteur, une moissonneuse et un séchoir de riz industriel, a subi d'importants dommages. L'homme n'a même pas le coeur à vérifier s'ils marchent, estimant à vue d'oeil ses pertes à près de 10 millions de yens (77.000 euros).

Inspectant la scène du désastre, il semble déboussolé, ne sachant par quel angle s'attaquer à sa montagne de problèmes.

"Je vais peut-être nettoyer quand le temps s'améliorera. Mais j'ai besoin d'eau", dit-il. "Il n'y a pas d'eau courante. Sans eau, je ne peux pas enlever la boue de ma maison."