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Au moins 70 ressortissants belges se battent actuellement dans les rangs des rebelles en Syrie, selon une estimation récente et confidentielle de la Sûreté, ont affirmé à "La Libre Belgique" plusieurs sources proches du gouvernement et des services de sécurité. La Sûreté refuse de confirmer cette estimation, parlant d’un phénomène mouvant, susceptible d’évoluer de jour en jour, mais ces sources sont alarmées par le nouveau pôle d’attraction du djihadisme en Syrie et des conséquences qu’il aura lorsque ces combattants reviendront en Belgique.

"Je pense même qu’il y en a plus que cela", nous dit un expert belge du terrorisme. "C’est plus facile d’aller en Syrie qu’en Afghanistan. Mais il faut rester prudent. Il y a des gens qui vont en Syrie pour se battre et d’autres qui veulent se faire prendre en photo avec une kalachnikov et faire le fanfaron à Bruxelles".

La Sûreté estime que "l’histoire est en train de se faire, la situation susceptible d’évoluer tous les jours" et qu’il est difficile d’établir un chiffre précis en raison des départs non détectés, des faux départs et des retours précoces. "Nous pouvons cependant confirmer avoir détecté depuis plusieurs mois le départ de ressortissants belges vers la zone de combat syrienne", nous dit le porte-parole de la Sûreté, ajoutant n’avoir pas connaissance de ressortissants belges partis se battre aux côtés des forces de Bachar Al Assad.

Dans une interview à la VRT-radio, diffusée jeudi soir, Michèle Coninsx, la magistrate belge qui préside Eurojust, a parlé de "quelques dizaines de jeunes Flamands" originaires d’Anvers, de Malines et de Vilvorde, mais le phénomène est plus large que cela. Eurojust, qui regroupe à La Haye 27 procureurs, coordonne l’échange d’informations sur ce dossier entre les États de l’UE. Eurojust se dit "préoccupé" et estime à plusieurs centaines le nombre d’Européens partis se battre avec les rebelles syriens.

Après l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, peut-être le Mali, la Belgique continue donc de fournir malgré elle des mercenaires de l’islam.

Certains présentent peu de dangers, tels ces jeunes musulmans bruxellois partis en 2008 vers le Waziristan, au Pakistan, qui furent refoulés par les talibans qui ne les prenaient pas au sérieux. Mais d’autres sont des recruteurs et idéologues de l’islam radical international. C’était le cas du Tunisien Moez Garsallaoui dont la mort par un drone américain, en octobre 2012 au Nord-Waziristan, est désormais confirmée par le renseignement belge.

Moez Garsallaoui, qui avait vécu en Belgique, est considéré comme le mentor de Mohamed Merah, le gamin de la banlieue de Toulouse devenu tueur en série après un séjour au Pakistan et en Afghanistan. "L’action de Merah était le résultat d’une préparation minutieuse, d’un véritable processus d’apprentissage fait de contacts nombreux", a averti le ministre français de l’Intérieur Manuel Valls, le 29 janvier à Bruxelles, lors d’une conférence sur la lutte contre l’extrémisme violent.

Le risque est que certains de ces jeunes, une fois drillés en zones de combat, reçoivent de groupes comme al Qaeda mission de commettre un attentat et de se fondre dans leur pays d’origine. Ils portent des vêtements occidentaux, pas de barbes, boivent de l’alcool, fument et mangent du porc, "tout ceci a pour but de passer inaperçu et de s’intégrer à la société qu’ils entendent attaquer", a souligné le 8 février le ministère espagnol de l’Intérieur après l’arrestation d’un Marocain de 22 ans, Mohamed Echaabi, présenté comme un " terroriste présumé".

La Syrie n’est pas l’Afghanistan

En Syrie, les choses sont moins claires qu’en Afghanistan. Les pays européens ont une position en retrait par rapport au conflit. Il n’y a pas de forces de coalition occidentales sur place contre lesquelles les islamistes se battent. Dès lors, sur quelle base juridique peut-on interdire à des jeunes Belges, convertis ou d’origine étrangère, de se battre à l’étranger ?

Le législateur avait prévu en 1979 d’interdire aux Belges de s’enrôler dans une armée étrangère. Cette loi trouve son origine dans la guerre d’Espagne mais n’a été concrétisée qu’avec le départ de ressortissants belges vers le Front Polisario dans les années 70. Elle est toujours d’actualité. Mais pour qu’elle soit appliquée, il faut qu’un arrêté royal soit décrété désignant le pays - ici la Syrie - comme l’un des pays où des Belges ne pourraient pas se battre. Cette loi de 1979 avait été utilisée au procès de Nizar Trabelsi avant qu’une législation antiterroriste soit adoptée.

En attendant, tétanisés par la guerre en Syrie où l’Onu estime à 70000 le nombre de victimes, certains répondent à l’appel, comme Abdel Raman Ayachi, le fils du cheikh Bassam, qui dirige désormais une brigade de 600 hommes au sein des "Faucons du Sham".