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L'Italie s'apprête à enterrer ses dizaines de morts en pleine polémique, alors que les sauveteurs continuaient vendredi de chercher les disparus sous les décombres du pont autoroutier effondré à Gênes. Des funérailles solennelles sont prévues samedi en fin de matinée dans un hall du centre d'exposition de Gênes, avec une messe célébrée par l'archevêque de Milan en présence de toutes les plus hautes autorités de l'État, dont le président Sergio Mattarella.

La cérémonie d'État s'annonce toutefois potentiellement embarrassante pour les institutions italiennes. Selon un décompte, noms à l'appui, de La Stampa, les familles de 17 des 38 victimes préfèrent s'abstenir et sept familles n'ont pas encore pris de décision.

"C'est l'État qui a provoqué cela, qu'ils ne montrent pas leurs têtes: le défilé des politiques a été honteux", réagit dans les colonnes du quotidien, Nunzia, la mère d'un des quatre jeunes italiens de Torre del Greco (commune de Naples) décédés sur la route des leurs vacances.

"Mon fils ne deviendra pas un numéro dans le catalogue des morts provoqués par les manquements italiens", a réagi pour sa part sur les réseaux sociaux Roberto, le père d'un autre des garçons. "Nous ne voulons pas d'une farce de funérailles. Nous préférons une cérémonie à la maison, dans notre église de Torre del Greco", a-t-il assené.

Les photos des quatre jeunes devraient néanmoins paraître à la cérémonie d'État samedi.

La féroce controverse entre le gouvernement italien et la société autoroutière gestionnaire de l'ouvrage, Autostrade per l'Italia, occupe tout le terrain médiatique depuis la catastrophe, avec une rhétorique de surenchère.

Le gouvernement a annoncé son intention de révoquer la concession d'Autostrada per l'Italia sur le tronçon d'autoroute où se trouve le pont effondré. "On ne peut pas mourir en payant le péage en Italie", a ainsi lancé jeudi le vice-Premier ministre Luigi Di Maio, ministre du Développement économique et chef de file du populiste Mouvement 5 étoiles (M5S).

"Nous ne pouvons pas attendre la justice pénale", a estimé le chef du gouvernement, Giuseppe Conte. "Autostrade avait le devoir et l'obligation, l'engagement, d'assurer l'entretien de ce viaduc et la sécurité de tous ceux qui voyageaient dessus."

La société, qui appartient au groupe Atlantia, lui-même contrôlé à 30% par la famille Benetton, a assuré que ses contrôles de sécurité étaient sérieux. Atlantia, dont le titre a plongé en bourse, a critiqué une annonce gouvernementale faite "en l'absence de toute certitude sur les causes effectives" du drame. Le groupe a prévenu que la révocation coûterait cher en indemnités à l'État. Selon des médias italiens, cela se chiffrerait en milliards d'euros.

Autre cible du gouvernement italien: l'Union européenne et sa politique d'austérité, accusée par le nouveau gouvernement populiste italien d'empêcher les investissements. La Commission européenne a réagi en assurant avoir encouragé l'Italie à investir dans ses infrastructures et en rappelant que les États membres étaient "libres de fixer" leurs priorités.