Au nom de l'éthique

S.Vt. Publié le - Mis à jour le

International

Vous ne viendrez plus chez nous par hasard", disait la publicité vantant les services de Total. Sans doute aujourd'hui moins que jamais. La lumière crue jetée dernièrement sur le régime militaire birman a plus qu'écorné l'image du géant pétrolier français, présent en Birmanie depuis la signature d'un contrat en 1992 pour le champ gazier de Yadana. Les appels au boycott ont repris de plus belle au sein de la société civile et de la classe politique belge.

Une trentaine de municipalités, de Nassogne à Ottignies en passant par Ixelles et Engis, se sont déjà inscrites à l'opération "Communes pour la Birmanie" et, partant, engagées à boycotter les produits des entreprises actives dans le pays et/ou à ne pas investir leurs finances dans des actions de ces firmes. Avec l'espoir que, comme en Afrique du Sud, le régime plie. "Ce sont les grands patrons blancs, qui voulaient continuer à faire des affaires, qui ont poussé le gouvernement à prendre des mesures", affirme le sénateur écologiste Josy Dubié. "Le boycott a amené à une évolution du régime de l'apartheid."

L'association Actions Birmanie appelle ainsi au boycott de Total depuis 1999. "Cette entreprise a dépassé toutes les limites, elle a basculé dans le camp des complices des criminels contre l'humanité. Nous suivons le souhait des démocrates birmans qu'il n'y ait pas d'investissements dans les secteurs des hydrocarbures, de la forêt et des mines, pour limiter l'argent dont disposent les généraux; 40 pc des fonds servent à la répression et à l'armée", explique Gaëtan Vanloqueren.

Mais tout le monde ne le suit pas et le président du Sénat Armand De Decker, lui, estime un boycott de Total "excessif". Le régime birman "doit disparaître" certes, déclare le libéral francophone, mais "je n'aime pas les actions basées sur des déclarations et des campagnes organisées par certains. Je suis à fond derrière Aung San Suu Kyi, mais je ne vais pas suivre aveuglément des accusations lancées contre des sociétés qui ont peut-être des choses à se reprocher mais qui aujourd'hui n'en ont sans doute plus."

Des critères éthiques

Il n'empêche que la secrétaire d'Etat au Développement durable Els Van Weert et le ministre de l'Environnement Bruno Tobback, socialistes flamands, étudient la possibilité de mettre un terme au contrat qui lie les autorités publiques et Total. "Une attitude d'éclaircissement est extrêmement importante", réagit prudemment le sénateur socialiste Philippe Mahoux. "C'est un pas dans la bonne direction, mais je regrette qu'on ait à le faire. On avait voté à la Chambre et au Sénat une résolution recommandant de ne conclure aucun contrat avec des entreprises qui investissent en Birmanie", rappelle Josy Dubié. Or, "le gouvernement a conclu un accord avec Total en 2005 pour que l'ensemble du parc automobile fédéral roule avec son carburant..."

Au cabinet du premier ministre Guy Verhofstadt, libéral flamand, on a toutefois déjà fait savoir que la rupture était impossible en raison des "règlements européens stricts en ce qui concerne les dossiers d'adjudication". L'Etat belge a en effet été obligé de conclure avec Total parce que l'entreprise avait remis la meilleure offre. C'est la raison pour laquelle Gaëtan Vanloqueren espère à présent l'introduction de critères éthiques et environnementaux au niveau européen dans l'adjudication de marchés publics.

"Est-on vraiment obligé de prendre le mieux offrant même si l'on sait qu'il fait surveiller ses entreprises par des enfants soldats ?", s'exclame Josy Dubié. "Si la Belgique décidait de casser le contrat, Total irait en justice et on serait confronté à un procès au cours duquel on pourrait enfin mettre sur la table la question de la conditionnalité environnementale et éthique des contrats. Il faut le faire ! Ces valeurs doivent être défendues."

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