Aube dorée de retour devant les juges athéniens
- Publié le 10-09-2017 à 16h27

La médiatisation de ce procès est largement retombée malgré ses enjeux.
Une salle d'audience pratiquement vide pour ce qui est présenté comme le procès du siècle, ça ne fait pas très sérieux et pourtant dans la salle flambant neuf du ministère de la justice en plein centre d'Athènes, il n'y a pas grand monde. Pire, les supporters du parti néonazi grec dont 68 membres et sympathisants sont dans le box des accusés depuis maintenant deux ans, sont plus nombreux que ceux qui dénoncent la présence de ce parti au sein du Parlement grec.
Pourtant pour Loucas Stamelos, cofondateur du site Omnia TV, le seul média qui retransmet chaque semaine un résumé des séances du tribunal "ce procès est le plus important depuis celui des colonels en 74" et cet activiste d'enfoncer le clou : "C'est la première fois que l'extrême droite est jugée en Grèce et, surtout, c'est le seul procès qui examine les relations entre le pouvoir, les institutions et l'extrême droite". De fait, ce procès a tardé, "anormalement tardé" même selon le commissaire européen aux droits de l'homme, Niels Muzsniek, qui se félicite néanmoins de sa tenue et suit de très près son déroulement. Mais après les manifestations et les grèves pour forcer le gouvernement à transférer les audiences de l'ancienne prison de Korydallos dans la banlieue d'Athènes au tribunal de la capitale, ont aurait pu attendre un peu plus de monde en cette première semaine du mois de septembre.
La colère d'une mère
La mère de Pavlos Fyssas, rappeur assassiné par un cadre du parti qui a reconnu les faits s'en désole : "Les médias ne sont pas là. Les décideurs non plus, la société civile est absente. Il y a un problème". Pourtant, c'est le meurtre de son fils qui a déclenché l'offensive judiciaire contre Aube dorée. Jusque-là, c'était un parti parfaitement fréquentable malgré ses exactions quasi quotidiennes en 2012. Désormais, elles sont passées au crible dans ce procès historique. But de l'opération : démontrer qu'Aube dorée n'est pas un parti politique mais une organisation criminelle aux structures pyramidales et militaires.
Pour Dimitris Psaras, auteur du livre référence sur la question, "La bible noire d'Aube Dorée" , "c'est parce qu'à la tête de cette organisation se trouve Nikos Michaloliakos (fondateur du parti) qu'à la base, des militants exécutent des ordres tels que passages à tabac, pogroms, assassinats". Les 18 députés d'Aube dorée sont dans le box des accusés, box qu'ils n'occupent pratiquement pas et 13 d'entre eux sont jugés pour formation et appartenance à une organisation criminelle. Le procès s'articule autour de trois affaires. L'agression à la batte de base-ball de membres du syndicat communiste P.A.M.E, l'attaque en pleine nuit du domicile de quatre pêcheurs égyptiens et le meurtre de Pavlos Fyssas.
Dimitris Psaras est confiant, "Il a été démontré dans chacune des trois affaires en cours que les ordres de tuer venaient de la direction de l'organisation. Maintenant, il faut prouver le lien entre elles et leur mobile. Il reste à établir comment ce système fonctionne."
Pour les avocats de la défense, 130 en tout, contre 14 en face, il s'agit ni plus ni moins qu'"un procès politique". Alexandros Alexiadis, avocat du député Giannis Lagos, est très confiant. "La Convention de Palerme stipule que l'essence d'une organisation criminelle est que cette organisation gagne de l'argent noir. Or il n'y a pas un centime d'argent non déclaré au sein d'Aube dorée", assène-t-il. Pour l'instant, la défense joue sur la théorie des deux extrêmes, sur le mode : "C'est parce qu'il y a des violences à l'extrême gauche que l'extrême droite réagit".
Thanassis Kabayiannis, avocat des ouvriers égyptiens, rejette cette théorie. "Ils surfent là-dessus car pour le reste, leur responsabilité ne fait pas de doute. Ça ne tient pas la route." Pour autant, il reconnaît qu'il y a un bémol, "le chef d'accusation ne comprend pas l'instigation morale qui est plus facile à démontrer et qui est systématiquement appliquée à des accusés venant de la gauche". Son collègue Kostas Papadakis renchérit, "le chef d'accusation ne comprend pas non plus la création d'une organisation criminelle mais uniquement l'appartenance à cette organisation criminelle et sa direction. De plus, le procureur a refusé d'appliquer à ce procès la loi antiterroriste qui aurait donné 10 ans de plus pour chaque condamnation, alors que cette même loi est aussi systématiquement appliquée dans toutes les affaires impliquant des anti-autoritaires ou des gens d'extrême gauche. Ce procès n'est pas politique, conclut-il. On juge des faits et uniquement des faits, mais sa gestion est bien politique".