International Grèce Angélique Kourounis Correspondante à Athènes

Il a été l’un des premiers à tirer la sonnette d’alarme en 2009 et à appeler "à la résistance" contre le parti néonazi d’Aube Dorée. Il est le premier aujourd’hui à comparaître pour cela devant les tribunaux. À l’époque ceux qui traînaient Savas Michail en justice n’étaient que des militants d’un groupuscule qui faisait moins de 1 % aux élections. Aujourd’hui ceux qui hurleront au tribunal contre le "juif bolchevique" sont pour la plupart députés du parti Aube Dorée au Parlement grec. Savas Michail concentre tout ce qu’Aube Dorée vomit : il est juif, intellectuel, marxiste, et il a de l’humour. Il est accusé de "diffamation" envers les militants d’Aube Dorée, pour les avoir traités de criminels; d’"incitation à la violence", pour avoir appelé à combattre le fascisme et d’"atteinte à la paix civile", pour avoir appelé, dans un tract, à manifester massivement contre Aube Dorée. Savas n’est pas seul dans le box des accusés. L’ancien doyen de l’École Polytechnique, Constantin Moutzouris l’accompagne. Aube Dorée l’accuse d’avoir permis à Indymedia, un média alternatif, d’utiliser les installations de l’École pour ses émissions.

Les faits remontent à 2009, peu après les émeutes urbaines de décembre 2008 où, effectivement, Indymédia a joué un rôle décisif dans l’organisation et la coordination des émeutes. Un groupe "de citoyens de quartier, apolitiques", porte plainte contre des personnalités de la gauche grecque, les accusant d’"avoir troublé l’ordre public et d’avoir pris part aux émeutes". Par décision du Procureur, la police les convoque en 2012 pour interrogatoire. Tous refusent de se rendre au commissariat et envoient des déclarations légales réfutant les accusations. Après examen, le Procureur décide de traîner les seuls Savas Mikhail et Consatantin Moutzouris devant les tribunaux.

Au même moment, en toute impunité, Aube Dorée déclenche une campagne antisémite digne du siècle dernier, "dénonçant" Savas Michail, comme "un agent de la conspiration juive mondiale contre la Nation grecque", qui agit pour "provoquer une guerre civile et établir un régime judéo-bolchevique". Ironie de l’histoire, ce sont les députés d’Aube Dorée qui s’estiment "calomniés".

Antisémitisme latent de la société grecque

Le peu de réactions dans le pays donne une idée de l’antisémitisme latent de la société grecque. Lundi, seul le "Journal des Rédacteurs" consacrait une double page au procès. Dans les autres médias, c’est le silence radio. Sauf dans les médias alternatifs comme Indymedia ou Omnia TV. Pour Potmnos, qui y tient une émission politique hebdomadaire, "ce procès est la preuve de la dérive fasciste du pays. On savait qu’Aube Dorée avait pénétré la police, maintenant on sait que c’est aussi chose faite à la justice". Le politologue Athanassios Dokos est plus nuancé : "Parfois", admet-il, "je reste pantois devant les décisions de la justice grecque. Il est des cas flagrants ou elle ne réagit pas et d’autres ou elle intervient, on se demande bien pourquoi". Il veut croire qu’il n’y a aucun mobile antisémite à ce procès. Mais pour Moise Konstantinis ancien président du conseil central israélite grec, il ne fait aucun doute que Savas Michail est poursuivi "à cause de ses origines juives". Pour de nombreux d’observateurs, ce procès est avant tout le procès de l’antifascisme en Grèce.