International L’hôtel, construit sur un couloir d’avalanche, au cœur de l’enquête. 

Il arbore fièrement son chapeau en feutre vert surmonté d’une plume, le couvre-chef des corps militaires de montagne de l’armée italienne. Les montagnes, et particulièrement le massif du Grand Sasso dans les Abruzzes, Evandro Marcella les connaît fort bien, le vieil homme est né ici, à Farindola, ce petit village devenu tristement célèbre depuis l’avalanche qui a totalement détruit un hôtel de luxe. "Le terrain où se trouvait l’hôtel, je le connais parfaitement, quand j’étais enfant nous allions là-haut pour faire paître les moutons. Nous y restions tout l’été, mais dès le mois d’octobre, tout le monde redescendait car avec la neige, c’était un endroit dangereux, explique-t-il. Il y avait un refuge qui a été transformé en auberge dans les années cinquante, mais personne n’y allait en hiver."

Depuis une semaine, Evandro Marcella vient chaque matin dans la salle de sport transformée en camp de base pour les cent cinquante hommes du secours alpin et des pompiers qui ont cherché jour et nuit les victimes de l’avalanche. "C’est une tragédie, conclut le vieil homme, cela faisait longtemps qu’on n’avait plus vu autant de neige par ici."

Vingt-neuf morts, onze survivants, c’est le bilan définitif de la catastrophe. Cent vingt mille tonnes de neige se sont déversées à la vitesse de cent kilomètres/heure sur cet hôtel, construit loin de tout. "Nous ne pensions pas à une avalanche", a déclaré une des survivantes, rescapée après avoir passé cinq jours bloquée dans les décombres avec son fiancé. "Nous pensions plutôt que c’était un autre tremblement de terre, très fort, qui avait détruit l’hôtel."

Un couloir d’avalanche

"Aucune des victimes n’est décédée d’hypothermie uniquement, a clarifié mercredi le ministère public au cours d’une conférence de presse, du moins pour les six premiers corps autopsiés, le froid n’est pas la cause de la mort, mais toutes les victimes seront autopsiées." Cristina Tedeschini, procureur de la République adjointe de Pescara, est chargée de l’enquête. L’objectif est de comprendre si le retard des secours et le manque de moyens techniques pour dégager la route qui mène à l’hôtel, ont provoqué la mort de certains blessés. La juge d’instruction cherche aussi à savoir si cet hôtel aurait dû être évacué par les autorités communales et provinciales avant l’arrivée des fortes précipitations neigeuses annoncées sur la région ou tout simplement si cet hôtel n’aurait jamais dû être construit sur ce terrain situé à l’embouchure d’un couloir d’avalanche.

C’est ce que dénonce le Forum H2O, une association de défense des réserves hydriques, cartes à l’appui. "L’hôtel Rigopiano a été construit sur une coulée de détritus d’une avalanche de 1936", accusent les membres du forum. Une thèse confirmée en partie par Gabriele Fraternali, chercheur en géologie qui a complété des cartes de risques d’avalanches pour le Club Alpin Italien en 2009. "L’énorme canal derrière l’hôtel Rigopiano est un parcours typique d’avalanche, une route préférentielle pour les coulées de neige", précise le chercheur en ajoutant cependant que "des épaisseurs de neige de cette dimension sont plutôt rares sur ce territoire."

Sur son site Internet, aujourd’hui obscurci, l’hôtel de luxe vantait cette position isolée, splendide oasis accrochée au flanc de la montagne à 1200 mètres d’altitude. Les familles des vingt-neuf victimes exigent maintenant toute la vérité.