International Analyse  

Le Dalaï-Lama a jeté le trouble dans les esprits européens, et en particulier parmi ses partisans occidentaux. Dans un entretien accordé à la "Frankfurter Allgemeine Zeitung" depuis son exil de Dharamsala, en Inde, le chef spirituel des Tibétains a estimé que "trop" de réfugiés étaient arrivés en Europe. "L’Europe, l’Allemagne en particulier, ne peut devenir un pays arabe, l’Allemagne est l’Allemagne." Des propos inattendus dans sa bouche et qui en ont déconcerté, voire choqué, plus d’un mardi.

L’Allemagne ne compte que 5 % de musulmans, dont une grande majorité de Turcs. Elle a accueilli 1,1 million de demandeurs d’asile en 2015 et s’apprête à en recevoir 2,5 millions d’ici à 2020. Quand bien même toute la Syrie trouverait-elle refuge à Berlin, l’Allemagne n’en serait pas encore majoritairement arabe.

N’empêche. L’extrême droite a senti l’aubaine et applaudi les propos du Dalaï-Lama : si même un grand sage bouddhiste l’affirme, n’est-ce pas qu’elle a raison de crier au loup ? Quant aux détracteurs du plus célèbre des réfugiés tibétains, notamment à la gauche de la gauche, ils se sont sentis confortés dans leurs critiques à l’encontre de ce moine encore trop politiquement influent à leurs yeux.

Dans l’esprit d’un retour

La phrase-choc du Dalaï-Lama témoigne d’une très imparfaite stratégie de communication - qu’on a au demeurant déjà pu observer ces derniers temps. Mais elle ne peut occulter le reste de son raisonnement. "Quand nous regardons le visage de chaque réfugié, surtout ceux des enfants et des femmes, nous ressentons leur souffrance et un être humain qui a de meilleures conditions de vie a la responsabilité de les aider", a-t-il aussi affirmé à la "FAZ". Les Indiens ont accueilli et continuent d’accueillir les dizaines de milliers de Tibétains fuyant la domination de Pékin.

Et lorsque le Dalaï-Lama ajoute que les "réfugiés ne devraient être accueillis que provisoirement", cela se comprend à la lumière de ce qu’il a toujours prôné pour son propre peuple. "L’objectif devrait être qu’ils retournent (chez eux) et aident à reconstruire leur pays" , a-t-il déclaré à propos des Syriens et autres Irakiens, comme il le dit depuis des années aux Tibétains. Peu d’ailleurs, parmi ces exilés en Inde, prennent la nationalité de leur pays d’accueil car l’esprit du retour est toujours bien vivace dans leur communauté.

Le Dalaï-Lama lui-même espère pouvoir retourner sur sa terre natale, "peut-être dans quelques années". "Si les conditions de mon retour sont réunies, ou à tout le moins d’une courte visite, cela serait pour moi une joie."