International Reportage Envoyé spécial au Panshir

Loin des clameurs et attractions de Kaboul, la vallée du Panshir, à deux heures de route de la capitale afghane, est un paradis perdu. Aucun taliban ne s’est jamais aventuré dans cette vallée étroite qui grimpe dans des montagnes dénudées, où les premières neiges des sommets en ce début décembre donnent le change à un paysage uniformément orange et bleu azur.

On y accède par une seule route, qui, passé une barrière de l’armée afghane, grimpe dans une région d’agriculteurs et de montagnards, sans le sou et dignes. Le Panshir était le sanctuaire du commandant Massoud et des troupes de l’Alliance du Nord jusqu’à l’intervention américaine en 2001. "Un seul taliban a osé s’aventurer dans la vallée. Il se croyait invulnérable. Il a été abattu", raconte Nasir, ancien soldat de l’Alliance.

Le souvenir de Massoud est présent partout, sur les voitures, les panneaux, dans les restaurants, dans les maisons. Les talibans n’ont jamais réussi à pénétrer cette vallée tadjike où règne une plus grande tolérance que dans le sud afghan.

Zahra, 18 ans, y mène une vie dure. Lever à 5 heures du matin pour les prières, coucher à 23 heures. Le vendredi, seul jour de repos hebdomadaire, Zahra aide sa mère dans les tâches ménagères, puis va rendre visite à la famille. Pas d’Internet à la maison, mais une télévision et un lecteur de CD. "J’écoute de la musique en étudiant, ma mère me le reproche", dit-elle.

Car Zahra va à l’école, au lycée Malalai d’Hannaba, comme un millier d’autres filles de la région. Une belle bâtisse en dur, construite en 2003 par "Afghanistan Libre", l’association de la franco-afghane Chekeba Hachemi. Une école de filles comme les autres, où les élèves passent aujourd’hui les examens de fin d’année, accroupies à bonne distance l’une de l’autre dans la cour. Au Panshir, où les températures en hiver peuvent descendre jusqu’à moins 35 degrés, l’année scolaire débute en février et se termine à la fin novembre.

Zahra termine son secondaire et n’a qu’un objectif, passer à l’université. "Je rêve de devenir docteur en médecine interne", dit-elle, pas effarouchée par le journaliste qu’elle fixe de ses jolis yeux bruns. Son voile blanc cache mal sa longue chevelure. On est loin des niqabs et des burqas.

Les filles de Malalai sont résolues à rompre avec les traditions, dans cette région où les familles comptent en moyenne de huit à quatorze enfants. Elles n’ont jamais voyagé, pas plus loin que Kaboul, à deux heures de route de là, et aspirent à acquérir leur indépendance par un emploi. "Maintenant que les filles ont accès à l’école, reconnaît un directeur d’école , elles se marient plus tard."

Ainsi Shamilla, 18 ans, se contenterait "d’un ou deux enfants" . Elle ne conçoit pas que ses parents lui imposent un mari. "D’abord l’éducation, dit-elle , ensuite, je prendrai ma décision et j’en parlerai à mes parents." Elle caresse le projet d’étudier la littérature et le droit islamique à l’université de Kaboul et ne s’octroie que peu de temps libre, entre les nouvelles sur Tolo-TV et le dernier hit du crooner pachtou Tahir Shabab.

Les étudiantes rêvent de France et d’Amérique, mais ne comptent pas y vivre. L’essentiel, pour elles, est de servir leur communauté et de rester dans la vallée du Panshir. Frozan, 18 ans, troisième d’une famille de huit enfants, est la fille d’un fonctionnaire de Kaboul au chômage. Son père tient un magasin pour survivre. "Je veux devenir médecin ORL car c’est une affection fréquente ici, dit-elle . Pour les pauvres, ce sera gratuit. Pour les plus riches, je demanderai quelque chose."