Ban Ki-moon à Ouattara: "évitons un nouveau bain de sang"

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Le président ivoirien sortant Laurent Gbagbo a été arrêté lundi à l'issue d'une offensive sur sa résidence à Abidjan des forces, appuyées par la France et l'ONU, de son rival Alassane Ouattara qui a appelé à éviter les "représailles" et annoncé une "nouvelle ère d'espérance".

Le secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, a demandé au président ivoirien Alassane Ouattara d'éviter un nouveau "bain de sang" et des représailles à l'encontre des partisans du président sortant Laurent Gbagbo, arrêté lundi, a annoncé Martin Nesirky, porte-parole de l'ONU.

Ban Ki-moon a salué l'appel de M. Ouattara à la mise sur pied d'une commission pour la vérité et la réconciliation, destinée à enquêter sur les accusations de massacres et autres crimes commis par les deux parties en conflit en Côte d'Ivoire.

M. Gbagbo, 65 ans, au pouvoir depuis 2000, s'est rendu vers 13H00 (locales et GMT) en compagnie notamment de son épouse Simone, considérée comme une "dure" du régime, après une offensive menée par les FRCI de M. Ouattara grâce à l'appui décisif des puissants moyens aériens et blindés de la force française Licorne et de celle de l'ONU (Onuci).

Dans une brève allocution télévisée dans la soirée, M. Ouattara, dont l'élection avait été reconnue par la communauté internationale, a appelé à "s'abstenir de tout acte de représailles ou de violences", réitérant sa "volonté" de créer une "commission vérité et réconciliation" pour faire la lumière sur les violations des droits de l'Homme.

Les quatre mois de crise née du refus de M. Gbagbo d'admettre la victoire de M. Ouattara -certifiée par l'ONU- à la présidentielle de novembre, ont fait quelque 800 morts, dont la moitié à Abidjan, selon des responsables de l'ONU, qui avertissent que le bilan devrait être bien plus lourd.

M. Ouattara a également annoncé le lancement d'une "procédure judiciaire contre Laurent Gbagbo, son épouse et ses collaborateurs". "Toutes les dispositions sont prises" pour assurer leur "intégrité physique" a-t-il ajouté. "Notre pays vient de tourner une page douloureuse de son histoire. Après plus de quatre mois de crise post-électorale émaillée par tant de pertes de vies humaines, nous voici enfin à l'aube d'une nouvelle ère d'espérance", a-t-il promis.

Plus tôt, la télévision de M. Ouattara (TCI) avait diffusé des images de l'ex-président en bonne santé mais visiblement fatigué. "Je souhaite qu'on arrête les armes et qu'on rentre dans la partie civile de la crise, et qu'on conclue rapidement pour que le pays reprenne", dit M. Gbagbo dans de très brefs extraits sonores.

Il y apparait assis sur un lit dans une chambre, entouré notamment du ministre de l'Intérieur de M. Ouattara, Hamed Bakayoko, et du commandant Issiaka Ouattara, dit "Wattao", un des chefs militaires pro-Ouattara.

D'autres images montrent son épouse Simone, décoiffée, l'air hagard. Selon un membre des FRCI, ses premiers mots lors de son arrestation par des commandants pro-Ouattara auraient été: "Ne ne tuez pas".

L'ONU a annoncé que la sécurité des Gbagbo était assurée par des gendarmes de la Mission de l'Onu en Côte d'Ivoire (Onuci) et que la plupart des combats avaient cessé, même s'il restait "des poches de résistance".

Guillaume Soro, chef de la rébellion et Premier ministre d'Alassane Ouattara, a lui appelé sur la TCI les forces restées fidèles à l'ex-président au "ralliement", promettant qu'il n'y aurait pas de "chasse aux sorcières". Mais plusieurs membres du clan Gbagbo ont été malenés à leur arrivé au Golf Hôtel, échappant de justesse au lynchage.

Le dénouement est intervenu au douzième jour de la bataille d'Abidjan, suite à des frappes intenses menées depuis dimanche par les hélicoptères de l'Onuci et de la force française Licorne sur la résidence présidentielle, dans le quartier de Cocody (nord), et la présidence, dans le quartier administratif du Plateau (centre).

Laurent Gbagbo y était retranché face à l'offensive des forces pro-Ouattara entrées dans Abidjan le 31 mars après une offensive foudroyante depuis le Nord du pays sous leur contrôle.

Ces raids aériens, ordonnés par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, visaient officiellement les armes lourdes du camp Gbagbo menaçant les civils, conformément à la résolution 1975 du conseil de sécurité de l'ONU. Mais le ministre français de la Défense Gérard Longuet a reconnu lors d'une conférence de presse à Paris que "l'objectif (fixé) par la communauté internationale était de faire en sorte que le président élu puisse présider", décrivant l'engagement de l'Onuci et de Licorne comme "un soutien" à l'offensive des pro-Ouattara.

Paris et l'ONU avaient toujours jusqu'alors insisté que leur mission n'était pas de renverser Laurent Gbagbo.

Paris a assuré que les forces spéciales françaises n'avaient pas participé à l'arrestation, contrairement à ce qu'affirme le camp Gbagbo.

Après les frappes et le déploiement de soldats français à Cocody, bouclant toutes les issues de la zone de la résidence présidentielle, les forces pro-Ouattara, qui avaient à plusieurs reprises échoué à briser la résistance de leurs adversaires, sont reparties à l'offensive. Après des combats violents, des blindés de Licorne et de l'Onuci ont été engagés dans la zone. Après l'arrestation, le président français Nicolas Sarkozy s'est "longuement" entretenu par téléphone avec M. Ouattara, 69 ans.

La longue bataille d'Abidjan a précipité la capitale économique, dont la population actuelle est évaluée à quatre millions d'habitants, au bord d'une catastrophe humanitaire, avec des quartiers livrés à l'anarchie et aux pillages de groupes en armes.

"Nous avons de très vastes mouvements de population d'un quartier à l'autre car aucun quartier n'est vraiment sécurisé", a déclaré le coordonnateur humanitaire entre les agences de l'ONU et des ONG, Ndolamb Ngokwey.

"Beaucoup de personnes m'ont raconté qu'il y avait beaucoup de cadavres qui jonchaient les rues, et pas seulement dans le quartier des ambassades", a-t-il dit.

La situation est également très difficile dans l'intérieur du pays, notamment dans l'Ouest où les combattants des deux camps ont été accusés par l'ONU et des ONG d'exactions.

M. Ouattara a promis que tous leurs responsables seraient poursuivis, mais des experts relèvent qu'il va devoir son accession au pouvoir aux chefs militaires.

Le Conseil des droits de l'ONU nomme la commission d'enquête

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a nommé mardi les trois experts chargés d'enquêter sur les violations qui auraient été commises depuis le scrutin présidentiel de fin novembre 2010 en Côte d'Ivoire. Le Conseil avait décidé le 25 mars, à l'initiative du groupe des pays africains, de créer une commission d'enquête internationale indépendante sur les violations commises en Côte d'Ivoire. "Aujourd'hui, le président a nommé les trois experts devant enquêter sur les allégations de violations des droits de l'homme commises en Côte d'Ivoire après les élections présidentielles" de novembre 2010, a annoncé mardi un porte-parole du Conseil, Cédric Sapey, lors d'un point presse. Les trois experts doivent se réunir prochainement à Genève pour discuter des modalités de leur mission, a-t-il précisé.

La commission d'enquête est présidée par le thaïlandais Vitit Muntabhorn, ancien rapporteur de l'ONU chargé des droits de l'homme en Corée du Nord. Les deux autres experts nommés sont Suliman Baldo, spécialiste soudanais de résolution des conflits, et Reine Alapini Gansou, juriste originaire du Bénin et présidente de la Commission Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples. La commission d'enquête doit présenter ses conclusions lors de la prochaine session du Conseil en juin.

Le président du Conseil, l'ambassadeur thaïlandais Sihasak Phuangketkeow, s'est dit préoccupé mardi par la poursuite des violences en Côte d'Ivoire, exhortant toutes les parties sur le terrain à coopérer avec la commission. "La nomination de la commission souligne la gravité présumée de la situation des droits de l'homme", a-t-il insisté.