"Barack Obama en prend pour son grade"

Caroline Grimberghs Publié le - Mis à jour le

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Ce mardi soir, la convention républicaine adoubait son candidat, à l’applaudimètre, comme le veut la tradition et alors que Mitt Romney avait fait trébucher tous ses adversaires pendant la primaire. Il était le seul en lice et il a obtenu la confiance de son parti avec son acolyte Paul Ryan, caution conservatrice du ticket républicain.

Les conventions des partis sont aussi l’occasion de valider le programme que mènera le candidat s’il parvient jusqu’au bureau ovale. Dans le cas du parti républicain, il s’agit d’un programme qui a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment sur la question du droit à l’avortement. Charles Carter, américaniste attaché à l’Université de Bordeaux 3, nous livre ses impressions au lendemain des premiers discours tenus par Chris Christie, conférencier d’honneur, et Ann Romney, l’épouse du candidat.

Ce programme est-il plus à droite que ce à quoi nous a habitué le parti républicain ?

Le programme adopté à la Convention est l'aboutissement d'une orientation politique de circonstances (la crise économique, l’émergence du Tea Party et la politique jugée ‘de gauche’ menée par Barack Obama ces quatre dernières années) mais pas forcément plus à droite que par le passé. Si l'on peut convenir que le programme approuvé est bien entendu un programme de droite avec un recentrage sur les "valeurs", un durcissement de la politique d'immigration notamment, il faut aussi se dire que notre perception d'une éventuelle droitisation du Parti républicain est influencée par la stratégie très efficace des démocrates à faire passer les républicains pour de dangereux nostalgiques d'une Amérique passéiste. Bien qu'exagérée, la remarque de Joe Biden, "ils veulent vous remettre les chaînes", est très révélatrice de cette stratégie. Sans quoi, les questions relatives à l'avortement, au mariage des homosexuels, à la place de la religion, etc. sont ce qu'on peut appeler des "classiques" d'une élection américaine. Elles reviennent toujours.

John Boehner, président de la Chambre des représentants, s’est exprimé devant les 50.000 personnes présentes à la convention républicaine et a invectivé le Président Obama, appelant les électeurs à le "jeter dehors". Est-ce une campagne plus agressive que les précédentes ?

Ces déclarations, de même que le non-respect de la ‘trêve’ démocrate pendant la convention républicaine, est révélatrice d'une campagne dure où l'on fait feu de tout bois pour occuper le terrain médiatique. Pour ce qui est des invectives, c'est clair que Barack Obama en prend pour son grade. Les républicains doivent certainement le détester autant, voire plus, que les démocrates haïssaient l'inculte George Bush, Jr.

Comment expliquez-vous le choix de Chris Christie comme ‘conférencier d’honneur’ ? Qui est-il et pourquoi a-t-il été sélectionné pour ce rôle majeur ?

C'est souvent les proches des candidats que l'on choisit pour occuper les rôles importants dans les Conventions. L'intégralité du programme, établi avec l'équipe du vainqueur des primaires, doit marteler l'idéologie du parti, galvaniser la foule et dire par mimétisme quelque chose sur le candidat. L'idéal consiste à choisir des élus ou étoiles montantes qui ont un bon capital de crédit au sein du parti. L'intervention de Chris Christie, gouverneur du New Jersey, répond à toutes ces exigences. Il suffit de voir l'enthousiasme suscité par son arrivée en scène pour s'en convaincre. Il a un franc-parler qui détonne. Il a de l'audace et du charisme - qui n'est pas sans rappeler Obama. Il jouit d'une très bonne notoriété au sein du parti: il était attendu comme candidat lors des primaires mais a préféré passer son tour en mettant son talent au service de Mitt Romney. Il a été loyal et désintéressé dès le début, défendant avec ténacité la candidature de Romney. Il a beaucoup de points communs avec lui: tout comme Romney l'a été, Christie est gouverneur dans un État traditionnellement démocrate, ils ont tous les deux équilibré les budgets de leurs États respectifs sans augmenter les impôts, ils sont des capitalistes convaincus et partisans de l'urgence d'imposer une cure d'amaigrissement à Washington, etc.

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