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Christophe Barbier, directeur de "L’Express" publie chez Grasset "Maquillages : les politiques sans fard". Il y dresse les portraits de ceux qu’il a rencontrés dans la salle de maquillage d’I-Télé où il intervient comme éditorialiste.

Qui porte le maquillage le plus épais ?

Nicolas Sarkozy. Dans cette matière, comme dans d’autres, il est un peu hors norme. Mais c’est un trait commun à tous les présidents de la République en exercice. Mis à part lui, Jean-Louis Borloo est quelqu’un de compliqué et Villepin, un homme de mystère.

Pourtant, Nicolas Sarkozy est perçu comme le plus sincère par les analystes gestuels.

Il ne triche pas, il est "cash". Il parle beaucoup avec les mains, son second langage. Et c’est pour ça qu’il les maquille. Mais il peut dire des choses énormes, comme s’il parlait franchement, alors que c’est un mensonge. Quand il dit : c’est un excellent résultat, le déficit français à 5,2 %, en réalité c’est une catastrophe. Certes, on avait prévu de faire 5,7 %, mais on devrait être à 0 ou à 3 % selon les critères de Maastricht.

François Hollande, qui teint ses cheveux, est-il aussi factice à l’intérieur qu’à l’extérieur ?

Ils ont tous leurs petites tricheries et coquetteries. Hollande se teint les cheveux et a maigri, Sarkozy porte des talonnettes. Jean-Luc Mélenchon masque ses difficultés à entendre. Le Pen est la moins dénaturée. Elle est plutôt dans l’usage du rituel. Elle avance vers la foule dans un geste de crucifiée, comme si elle s’offrait physiquement, en rock-star.

En quoi les rituels en “loge maquillage” les révèlent-ils ?

Bayrou, très narcissique, assez coquet, aime bien s’isoler. Il se regarde avec beaucoup d’aménité, corrige une mèche. Ségolène Royal, pendant la campagne présidentielle, demandait aussi à rester seule avec sa maquilleuse et son coiffeur.

Que camouflent-ils sous le fond de teint ?

Leur fragilité. S’ils la montrent, ils sont morts. Les ennemis s’engouffrent dans la brèche. Le maquillage est un blindage. Ce qu’ils montrent, et c’est tout à leur honneur, ce sont leurs convictions, leurs valeurs, leurs idées. Et le maquillage permet aussi de souligner, de porter l’idée dans un bel écrin. Il y a ceux qui veulent séduire et ceux qui jouent à faire peur. Dans la vie, Nathalie Arthaud et Jean-Luc Mélenchon, à la gauche de la gauche, sont très courtois. A l’écran, ils ont les yeux exorbités et montrent les dents.

Vous-même, acteur amateur, utilisez le maquillage…

Généralement, je n’ai pas recours au maquilleur, je me maquille seul. C’est un moment de concentration et un élément du costume. Je m’applique la peau de mon personnage.

L’intérêt des médias pour l’aspect, plutôt que pour le contenu, n’encourage-t-il pas une forme de populisme ?

Il faut vivre avec son temps, la télévision et Internet. La démocratie est d’abord un art de la rhétorique. Il faut passionner ses concitoyens. Sarkozy et Hollande ont des idées et savent les faire passer. Le problème, c’est que quand ils sont au pouvoir, les politiques échouent. Leurs idées semblent inutiles, leurs propositions stériles. Depuis trente ans, le fond est moins fort que la crise économique. Le fond sert, quand on est au pouvoir, à obtenir des résultats. Et pour l’instant, ce n’est pas le cas.

Pourquoi écrire que Sarkozy a été troublé par “Dexter”, le serial killer justicier ?

Il m’a dit qu’il avait regardé la série d’une traite et avait ressenti un malaise à avoir été fasciné par un tueur en série. Venant d’un ministre de l’Intérieur, responsable de la lutte contre la criminalité (à l’époque, NdlR), ça montrait toute l’ambiguïté face au mal. Le Diable est fascinant !

L’intérêt de ce personnage, c’est justement de jeter le trouble. Pourquoi Nicolas Sarkozy y échapperait-il ?

Il est visiblement, comme nous, captivé. Mais après, dans la parole publique, il faut faire attention

Aurait-il dû se censurer face à vous ?

Une bonne partie de ce qui a été dit par les uns et par les autres n’aurait jamais dû m’être dit. C’étaient des échanges un peu "off". Dans le cadre de portraits, c’est éloquent.

Vos pronostics pour ces présidentielles ?

A l’heure où je vous parle, le reliquat d’anti-sarkozisme est encore trop fort pour que Sarkozy puisse gagner.