Batman, un divertissement dangereux ?

St. Fy. à New York Publié le - Mis à jour le

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A la sortie d’un cinéma de New York vendredi soir, les visages innocents de trois adolescents se crispent soudainement. Fans de Batman, ils viennent d’apprendre que quelques heures plus tôt, dans le Colorado, douze personnes ont perdu la vie lors d’une séance de "The Dark Knight Rises", le dernier volet de la trilogie hollywoodienne. Spontanément, l’un d’eux fait tourner son index sur sa tempe. Son copain enchaîne : "Il faut être fou."

Adeptes du héros justicier en costume de chauve-souris, ils ne pensent pas que le scénario ou les images du film puissent être responsables d’une telle violence. "Si ce film nous incitait à tuer, nous nous engagerions tous dans l’armée" , explique le lycéen affublé d’une casquette de baseball. Jusqu’à nouvel ordre, la police new-yorkaise monte la garde devant tous les cinémas de la ville qui présentent Batman à l’affiche.

Ryan Ramirez, un New-Yorkais de 28 ans, arbore fièrement son t-shirt et sa casquette siglée d’une chauve-souris stylisée, symbole de son héros. Ce qu’il apprécie le plus chez Batman ? "Son réalisme, le fait qu’il soit une personne comme tout le monde qui n’a aucun pouvoir surnaturel." Dans le troisième épisode de la trilogie, Bruce Wayne, l’alter ego "humain" de Batman, se bat contre Bane, une brute sans merci dont le nez et la bouche sont dissimulés sous un masque qui l’aide à respirer. James Holmes, l’auteur présumé du drame du cinéma d’Aurora a choisi cette sortie "événement" pour perpétrer son crime et portait lui-même un masque à gaz à la manière du "vilain" de l’histoire.

Selon des informations non confirmées par la police, il aurait également déclaré être "le joker, l’ennemi de Batman" , personnage sanguinaire campé par l’acteur Heath Ledger dans le second volet de la trilogie, et se serait teint les cheveux en rouge. Mais voir un lien de cause à effet entre l’action du film et le motif du crime est sans doute simpliste.

Comme le fait remarquer Robert J. Thompson, directeur du centre pour la télévision et la culture populaire de l’université de Syracuse, "des millions de personnes adorent Batman et ne se transforment pas pour autant en criminels" .

La violence, souligne-t-il, a toujours existé dans l’histoire de la littérature et du cinéma, notamment à travers les grands classiques comme "L’Iliade" d’Homère, "Le Roi Lear" ou "Hamlet" de Shakespeare, ou encore "Crime et châtiment", de Dostoïevski. "L’explication de ce crime insensé ne se trouve pas selon moi dans l’action du film Batman mais dans l’esprit dérangé du meurtrier" , affirme le professeur Thompson.

Le réalisateur de Batman, Christopher Nolan a défendu le cinéma, déclarant ce week-end dans un communiqué "être dévasté que quelqu’un puisse sauvagement souiller cet endroit innocent et plein d’espoir" . Tragiquement, son film vient de rentrer dans l’histoire.

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