Belgique - Israël : le torchon brûle

AFP Publié le - Mis à jour le

International

La décision de la justice belge de rouvrir la voie à des poursuites contre Ariel Sharon a déclenché une crise politique entre Israël et la Belgique et mis encore plus à mal l’image en Israël de certains pays européens, déjà mauvaise en raison de la crise irakienne.

Israël n’a pas caché sa fureur à la suite de cette décision qu’il a qualifiée de «scandaleuse provocation » et de «calomnie » et a immédiatement réagi en rappelant son ambassadeur à Bruxelles, Yehoudi Kenar, pour «consultations ».

Wilfred Geens, l’ambassadeur belge en Israël, a été convoqué jeudi au ministère des Affaires étrangères.

La Cour de cassation belge a annulé mercredi une décision de justice qui avait déclaré irrecevable une plainte pour crimes de guerre contre M. Sharon, mais a gelé les poursuites tant que le Premier ministre israélien serait en fonction.

«Ce qui est arrivé hier (mercredi) en Belgique est une calomnie. Une grave atteinte a été portée également à la vérité, à la justice, à la morale, à l’Etat d’Israël et à la lutte internationale contre le terrorisme », a déclaré le chef de la diplomatie israélienne Benjamin Netanyahu, à l’issue de son entrevue avec l’ambassadeur belge.

«Et lorsqu’on falsifie les faits et permet que l’on tienne des discours antisémites qui dénient aux juifs le droit de se défendre, on porte atteinte au peuple juif et à son droit d’avoir une place au soleil », a ajouté le ministre.

L’ambassadeur belge s’est borné à prendre note de la protestation israélienne ayant reçu pour consigne de son ministère de ne pas réagir, selon la radio israélienne.

«La Belgique ne saurait remettre en question l’éthique (d’Israël) » a affirmé avec colère le président israélien Moshé Katsav dans une lettre adressée au roi Albert II de Belgique.

«Il est inacceptable que ce petit pays insignifiant se pose en juge de la terre entière », a déclaré de son côté le ministre de la Justice Meir Sheetrit dans un communiqué.

«Il n’ y a pratiquement plus rien à dire ou à écrire sur le colonialisme de la Belgique, la capitale mondiale de la morale, et sur ce pays qui traîne derrière lui les horreurs du Congo et du Rwanda et qui bondit sur une occasion de juger Ariel Sharon » écrit le quotidien Maariv dans un éditorial.

La riposte israélienne à la décision de la justice belge se fera sur le terrain de la diplomatie, selon le conseiller juridique du ministère israélien des Affaires étrangères, Alan Baker.

La crise devrait accroître en Israël le ressentiment contre la Belgique et d’autres pays européens comme la France, accusés de mettre des bâtons dans les roues des américains pour empêcher leur offensive contre l’Irak, perçu comme un ennemi mortel d’Israël.

«Comment pourrions-nous nous appuyer sur l’Europe alors que certains pays européens reculent face à une menace terroriste qui vise non seulement Israël mais tout le monde libre? », s’était interrogé mercredi l’ancien ambassadeur d’Israël à Washington, Zalman Shoval, conseiller diplomatique de M. Sharon.

En novembre 2001, déjà, le torchon avait brûlé à deux reprises entre Israël et la Belgique. L’ambassadeur belge Wilfred Geens, accusé d’avoir qualifié de «fasciste » un ministre de M. Sharon, ce que Bruxelles avait démenti, avait été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

Le maire de Jérusalem Ehud Olmert, un «baron » du Likoud (droite), le parti de M. Sharon, avait de son côté qualifié le gouvernement belge de «salopard » en raison des poursuites engagées contre M. Sharon.

La décision de la Cour de cassation signifie que les poursuites contre M. Sharon pourraient être relancées le jour où celui-ci ne sera plus à la tête du gouvernement israélien, ce qui lui confère pour le moment une immunité.

La plainte visant M. Sharon porte sur sa responsabilité indirecte présumée dans les massacres des camps palestiniens de Sabra et Chatila, en 1982, au Liban.

En 2001, 23 Palestiniens rescapés de ces massacres avaient déposé une plainte contre M. Sharon devant la justice belge.

AFP

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