Benoît XVI: un pape sans charisme mais pourtant aimé des jeunes

afp Publié le - Mis à jour le

International

Un million et demi de jeunes catholiques du monde entier ont acclamé à Madrid un pape qui refuse d'être une star et est dépourvu d'éloquence et de charisme, parce qu'il incarne une foi minoritaire qui continue de les inspirer.

La présence aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) de jeunes fidèles de 193 pays, venus parfois au prix de gros efforts financiers, n'est pas simplement liée à un homme charismatique, comme certains observateurs avaient pu l'affirmer à l'époque de Jean Paul II.

Elle semble aussi un réflexe de rassemblement identitaire, à une époque où les scandales pédophiles ont discrédité la foi catholique dans la presse et l'opinion occidentale.

"Le pape n'est pas la star autour de laquelle tout tourne. Il est totalement et simplement le vicaire (du Christ)", avait confié Benoît XVI en 2008.

S'il semble aujourd'hui plus détendu au milieu des jeunes qu'au début de son pontificat, il ne profite pas de l'adulation, ne se donne pas en spectacle. Un jeune lui tend un drapeau du Brésil (où auront lieu les JMJ en 2013) dimanche à la fin des JMJ de Madrid: il pourrait s'en saisir pour une belle photo dans la presse mondiale, mais se contente de le bénir d'une main timide.

Alors que sa conception de la liturgie est vieillotte et sans fantaisie, sa voix est faible et ne porte pas. La plupart des jeunes ne suivent pas ce que ce théologien intellectuel leur dit, disent ses critiques. Il n'a pas le sens des formules chaleureuses de Jean Paul II.

Mais, pour d'autres, il a une manière pédagogique d'expliquer, une méthode de "prof" qu'il a été, creusant son sillon, rendant clair un message cohérent au long des déclarations. "Alors qu'on venait voir Jean Paul, on écoute Benoît", estime le père français Guy Gilbert.

"Avec Joseph Ratzinger il n'y a pas de façade. Il donne cash. Avec ce pape qui s'efface derrière le Christ, les jeunes comprennent mieux le mystère de l'Eglise", affirme ce curé des loubards.

Au contraire de sa réputation de "Panzerkardinal", son attitude de simplicité et d'écoute a commencé à frapper les jeunes, même si le message est toujours rigoureux: patience, enracinement dans les traditions, courage, endurance, fidélité, respect, méfiance face aux nouvelles libertés, condamnation du relativisme.

Au sein d'une société privilégiant le paraître, cette franchise et cette cohérence sont appréciées au moins comme honnêtes, même si les jeunes ne le suivent pas en tout ou pas du tout.

Dans un monde juvénile à la recherche de modèles, le fait que le pape semble uniquement intéressé à faire connaître le christianisme et non à se faire valoir, est mis à son crédit.

Il est respecté. Quand il commande le silence dans une longue célébration religieuse, il l'obtient immédiatement de manière impressionnante.

Benoît XVI est un "autre grand-père" que Jean Paul II. Pour les jeunes, "il est celui qui a voulu affronter le problème de la pédophilie. Et il est d'autant plus respecté par les jeunes qu'ils ont le sentiment d'avoir été trompés sur son compte, qu'on l'a caricaturé, qu'on a menti sur lui en le traitant de nazi", affirme le vaticaniste espagnol Antonio Pelayo.

Benoît XVI, exigeant, conservateur sur la morale, fait aux jeunes "une proposition à l'amiable" quand il parle par exemple du mariage indissoluble. "Il ne fait pas passer par la force ses idées", ajoute-t-il.

Les experts notent aussi l'absence, pendant les quatre jours de sa présence aux JMJ de Madrid, de condamnations spécifiques et précises de comportements sexuels, qui pouvaient choquer dans les discours de Jean Paul II. Cette délicatesse serait aussi appréciée.

Dans l'Eglise, on commence à parler d'une "génération Benoît XVI", qui cherche dans la foi une compensation à son manque de repères, et légèrement différente de la "génération Jean Paul II".

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