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Non, il n'y a pas que Donald Trump qui se démarque dans les sondages pour la course à l'investiture américaine. Le candidat milliardaire à la primaire républicaine (lire ici le portrait que nous lui consacrions il y a quelques semaines) a maintenant un adversaire plutôt inattendu en la personne de Bernie Sanders. Selon un récent sondage publié par CNN, si les électeurs devaient choisir entre Donald Trump et Bernie Sanders, c'est même ce dernier qui l'emporterait avec quelques points d'avance.

Mais qui est Bernie Sanders? Sénateur du Vermont (nord-est des Etats-Unis), il est surnommé "l'anti-Hillary Clinton" par le magazine politique conservateur "National Review". Le premier juillet dernier, celui qui se revendique ouvertement "socialiste" rassemblait 10.000 personnes lors d'un meeting dans le Wisconsin (nord-est des Etats-Unis). Son succès dans les sondages est tel qu'il est devenu (toutes proportions gardées) le poil à gratter d'Hillary Clinton, la candidate démocrate en pole position depuis plusieurs mois.

Le principal fait d'armes de Bernie Sanders remonte à 2010. En décembre de cette année-là, il occupe la tribune de la Chambre du Sénat pendant huit heures et demie d'affilée. Son objectif: faire obstruction à la décision de Barack Obama de maintenir les exemptions fiscales en faveur des plus favorisés décidées par George Bush. Cette technique dite du "filibuster" (ou "obstruction parlementaire"), régulièrement employé aux Etats-Unis pour retarder l'adoption d'une loi, lui ouvrira les portes des plateaux de télévision du pays.

Bernie has got a quote for that

Pour imposer son nom dans la campagne, le sénateur s'appuie sur un panaché de phrases choc qui remportent un large succès sur des réseaux tels que Imgur ou Reddit. Les grandes entreprises qui ne payent pas d'impôts? Le coût des études supérieures? Le prix des médicaments? Le salaire minimum? Bernie Sanders a une citation pour ça.

"Je vais faire de mon mieux pour créer un pays où les enfants ne vivent pas dans la pauvreté, où ils peuvent aller à l'université, où les personnes âgées ont les moyens de se soigner. Est-ce que je vais y arriver? Je ne peux pas le garantir, mais je peux vous dire qu'en tant qu'humain c'est mieux de se battre que d'abandonner."


Le vieux qui parlait à l'oreille des jeunes

Bernie Sanders a beau avoir 73 ans, il ne néglige aucun terrain avec son équipe de campagne. Le 19 mai dernier, quelques jours avant l'annonce de sa candidature, il participait à un "Ask Me Anything" (AMA) sur le site Reddit. Le principe: un échange informel avec les internautes où le politicien a rappelé combien il lui semblait "important que les jeunes Américains comprennent l'importance de la politique et le rôle du gouvernement". "C'est une tragédie que, lors de la dernière élection, environ 80% des jeunes n'aient pas voté. C'est exactement ce que la classe dirigeante de ce pays souhaite et il faut changer ça." 

L'idée fait mouche: "C'est la première personne qui me donne vraiment envie de lever mon c*l pour aller voter", "J'avais perdu tout espoir dans notre système politique avant d'entendre parler de Bernie Sanders il y a quelques mois"... autant de commentaires écrits ici et là qui indiquent une certaine rupture.

Sur Facebook et Twitter, ses messages dépassent régulièrement les milliers de partages. C'est notamment le cas de ses citations fédératrices dénonçant l'oligarchie et les inégalités. Autant de phrases qu'il est de bon ton de relayer pour se donner bonne conscience, à la manière des photos de Nelson Mandela ou des "likes" en faveur d'une quelconque cause humanitaire. 

"Le moment est venu de dire haut et fort que trop c'est trop. Cette merveilleuse nation et son gouvernement appartiennent au peuple et pas à une poignée de milliardaires, à leurs super PACs et à leurs lobbyistes."


"Pas un président plausible"

Il n'empêche, certains émettent des doutes sur les mesures concrètes envisagées par cet outsider pour réformer la société américaine. Le "Wall Street Journal" met en doute le poids de Bernie Sanders à long terme et ne le voit pas comme "un président plausible". Pour le journal américain, le phénomène Sanders n'est qu'un "mini-emballement". Si les démocrates veulent vraiment qu’Hillary Clinton soit battue, il va leur falloir un autre candidat que quelqu’un qui admire la Grèce comme modèle politique”, ajoute le journal dans des propos traduits par le "Courrier International".