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Cinq affaires, sur les six qui seront examinées pendant quinze jours, avaient déjà fait l’objet de procès par contumace, valant à chaque fois à son auteur présumé la peine maximale, alors qu’il poursuivait son interminable cavale.

Finalement arrêté au Maroc en 1994 et extradé, il est actuellement incarcéré à Fresnes, dans la banlieue parisienne).

Rien, dans ce dossier, ne relève de l’ordinaire. Ni la personnalité de Besse, 58 ans, grand séducteur et «bandit d’honneur » autoproclamé. Ni la procédure, 25 ans après les événements. Ni les faits eux-mêmes, dont certains ont écrit la légende du crime.

Outre un vol à main armée en 1976, et l’organisation de l’évasion de la prison de Rome en 1986 d’André Bellaïche, membre du célèbre «gang des postiches », la cour se concentrera sur le printemps 1978, au cours duquel Besse et Mesrine multiplieront les coups, au confluent du nouveau western et du roman noir.

Le 8 mai 1978, Jacques Mesrine et François Besse s’évadent de la maison d’arrêt de la Santé, en plein Paris, laissant derrière eux un co-détenu abattu par la police.

Le 16, ils attaquent une armurerie de la capitale et repartent avec dix armes de poing et 20.000 francs (l’équivalent de 3.000 EUR). Le 26, ils se présentent au casino de Deauville et en repartent avec 136.774 francs (21.000 EUR), après une fusillade et une prise d’otages.

Le 30 juin, ils s’invitent enfin chez un cadre d’une agence Société Générale du Raincy (Seine-Saint-Denis, banlieue parisienne) dont ils prennent la mère et l’épouse en otage avant de se rendre à la banque et de se faire remettre 350.000 francs (53.000 EUR).

Mesrine, qui milite contre les quartiers de haute sécurité (QHS) et fréquente des journalistes, devient ennemi public numéro un. Il est abattu le 2 novembre 1979 à Paris par la police.

Besse a déjà gagné la Belgique. Le roi de l’évasion n’aura ensuite de cesse de faire tourner l’autorité judiciaire en bourrique.

En témoigne ce commentaire laconique d’un magistrat dans un arrêt de renvoi le concernant, en 1989: «Besse n’a pu être interrogé par le magistrat instructeur: il s’est évadé du palais de justice de Bruxelles le 26 juillet 1979. Il a été de nouveau arrêté en Espagne le 21 janvier 1982. Il s’est évadé le 16 février 1983 ». La cavale ne prendra fin qu’en 1994, dans un petit restaurant de Tanger.

Depuis ? «On n’imagine pas à quel point il a fait un retour sur lui-même », affirme Francis Triboulet, un de ses avocats avec Me Henri Leclerc, rappelant que son client «n’a jamais tué personne ».

Aujourd’hui, une bonne partie des faits est établie. Lors d’un entretien avec le président de la cour d’assises, «Besse lui a indiqué qu’il reconnaîtrait tout ce qu’il a fait », ajoute Me Triboulet.

L’accusé est aujourd’hui libérable en 2019. Il est passible de la réclusion criminelle à perpétuité et risque en toute hypothèse de sortir de prison vieillard.

«Ce procès, c’est de l’archéologie judiciaire. Mais l’intérêt est de savoir aujourd’hui ce que Besse pense de tout ça. Si quelqu’un peut parler des longues peines, c’est bien lui. On peut espérer qu’il aura beaucoup de choses à dire... », relève un magistrat familier du dossier. (AFP)