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L'Ouganda abrite désormais sur son sol plus d'un million de Soudanais du Sud fuyant la guerre civile dans leur pays au sein d'une demi-douzaine de "camps", dont l'un, appelé Bidibidi, a le triste privilège d'accueillir plus de 270.000 personnes, ce qui en fait le plus grand camp de réfugiés au monde. Il ne s'agit toutefois pas d'un véritable camp dans la mesure où cette zone de 250 km2 n'est pas clôturée et que les réfugiés sont libres d'aller et venir en dehors de ses limites alors que des villages et des hameaux ougandais parsèment la région. Les autorités ougandaises préfèrent le terme de "settlement" (implantation).

Bidibidi, situé dans le district de Yumbe (nord-ouest), aux confins du Soudan du Sud et de la République démocratique du Congo (RDC) - deux pays plongés dans la violence - accueille à lui seul 276.710 personnes, selon des chiffres du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) datant de début août. Les autres grandes concentrations de réfugiés se trouvent dans la même région et portent le nom de Palorinya (174.702 personnes), d'Imvepi (123.019, tout en étant un point de passage obligé avant la relocalisation des Soudanais du Sud), de Rhino (99.526 avant une extension prévue) et de Lamwo (31.072).

Cette "implantation", qui compte cinq secteurs, a été créée en tenant compte de la population locale afin que les nationaux ne se sentent pas abandonnés, a expliqué le commandant local du Bureau du Premier ministre (OMP) ougandais chargé de l'accueil de réfugiés, Robert Baryamwesiga, à un groupe de journalistes européens.

Car les défis pour répondre à cet afflux sans précédent de réfugiés sont nombreux. Les Sud-Soudanais ne parlent pas toujours les mêmes langues que les Ougandais et l'espace devient compté dans cette région située à quelque 500 km de la capitale ougandaise, Kampala. Les autorités ougandaises, reconnues pour leur sens de l'accueil des réfugiés mais insuffisamment aidées par la communauté internationale, leur fournissent en prêt des terres pour habiter et cultiver et nombre de services, allant de l'approvisionnement en eau - parfois aussi en électricité - aux soins médicaux de base, en passant par les écoles et l'accès aux services bancaires et de téléphonie mobile. Les réfugiés ont aussi le droit de travailler et de se déplacer librement sur le territoire ougandais grâce à des routes nouvellement tracées.

Les infrastructures temporaires, construites à la hâte pour faire face à l'afflux de réfugiés, commencent à devenir permanentes, a souligné M. Baryamwesiga.

Il s'agit aussi, selon lui, de "construire la paix" entre plusieurs groupes, comme les différentes ethnies sud-soudanaises contraintes à coexister, et la population locale, qui bénéficie aussi de facilités nouvelles.

"Nous avons la communauté (d'accueil) la plus tolérante. Ils (réfugiés et locaux) sont comme des frères, ils mangent ensemble", a souligné ce responsable gouvernemental, tout en admettant que les efforts à réaliser pour améliorer l'accueil restent importants.

Parmi les défis à rencontrer, M. Baryamwesiga évoque la distribution de l'eau - assurée par une noria de camions, même si des puits sont en cours de forage, notamment grâce au financement de l'Union européenne -, l'attribution de terres aux réfugiés et la déforestation qu'ils pratiquent pour obtenir du bois afin de cuisiner.

Si les réfugiés se montrent globalement satisfaits de leur sort, certains n'hésitent toutefois pas à pointer des lacunes: un accès insuffisant à l'eau et à l'enseignement, la difficulté à trouver réellement un emploi ou à faire des affaires et la maigreur de l'aide internationale, que ce soit en vivres ou en argent, ou la rareté des panneaux solaires pour produire un peu d'électricité.

Ils ont parfois tout perdu sur la route de l'exil, attaqués, maltraités et dévalisés - voire violées pour les femmes - par les soldats gouvernementaux.

Une réfugiée a ainsi expliqué à l'agence Belga que les seuls vêtements qu'elle possédait encore étaient ceux qu'elle avait reçus après son arrivée en Ouganda. Elle s'est aussi plainte de l'absence de lumière dans les logements - pour la plupart des maisons de torchis entourées de feuilles de plastique avec le logo du HCR -, ce qui accroît le risque de violences sexuelles pour les femmes.