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Le Premier ministre britannique Tony Blair mettait lundi la dernière main à son nouveau gouvernement, après sa large réélection, tandis que les couteaux s’affûtent chez les conservateurs pour la direction d’un parti en total désarroi.

Après avoir annoncé la constitution de son cabinet et l’attribution des grands ministères dès vendredi soir, Tony Blair a passé un week-end studieux à compléter son gouvernement à Chequers, la résidence de campagne des Premiers ministres.

Il devrait annoncer en fin de journée l’attribution des différents sous-secrétariats d’Etat. Seule certitude ou presque selon la presse, le secrétaire d’Etat à l’Europe Keith Vaz ne devrait pas être reconduit à son poste.

Empêtré dans une série de scandales -il fait l’objet de deux enquêtes parlementaires sur des malversations financières supposées et des soupçons de trafic d’influence- Keith Vaz s’est fait très rare ces derniers mois sur la scène publique. Depuis le mois de mars, il est également sujet à des soucis de santé qui lui ont valu deux hospitalisations, dont la dernière date du week-end. Une excuse parfaite pour Tony Blair pour l’écarter de son gouvernement, sans sembler le désavouer, estimait lundi la presse.

En revanche, Robin Cook ruminait un désaveu officiel après son retrait du Foreign Office, à la surprise générale et la sienne en particulier, selon les médias. Ainsi que sa relégation au poste peu en vue de leader de la Chambre des Communes, chargé de gérer l’ordre du jour des débats parlementaires.

Robin Cook aurait reçu deux lots de consolation de Tony Blair, selon la presse: l’autorisation de demeurer dans la somptueuse résidence privée du Foreign Office au centre de Londres et la possibilité de s’exprimer comme il l’entend sur l’euro.

C’est paradoxalement ce soutien très affirmé à la monnaie unique qui aurait coûté son poste à Robin Cook. Mais en choisissant pour le remplacer Jack Straw, réputé beaucoup plus prudent en la matière, Tony Blair pourrait aussi espérer donner plus de poids et de crédibilité à une éventuelle campagne de son gouvernement pour un oui à un référendum sur l’euro.

«Cook a été très populaire sur le continent, mais ici, il n’est pas très apprécié. Donc, si un référendum est organisé dans les deux prochaines années, Straw représentera alors un plus important», estime Chris Brown, expert à la London School of Economics (LSE), interrogé par l’AFP.

De l’autre côté de l’échiquier politique, la lutte pour la succession de William Hague à la tête du parti conservateur, après sa démission surprise vendredi, a déjà commencé. Dès dimanche, la virulente Ann Widdecombe dévoilait son intention probable de se porter candidate.

Mais selon un sondage paru lundi dans le Daily Telegraph, la bouillante Ann Widdecombe a peu de chances face à l’ancien ministre de la Défense Michael Portillo, qui n’a pas encore révélé ses intentions. Elle ne recueille que 15 % des intentions de votes chez les militants conservateurs, contre 34 % à Michael Portillo, qui précède l’ancien ministre des Finances Kenneth Clarke avec 21 %.

Ces deux derniers pourraient d’ailleurs préparer en coulisses un «ticket gagnant», Michael Portillo faisant acte de candidature pour la direction du parti, mais Kenneth Clarke, leader du courant europhile des Tories, recevant carte blanche pour faire campagne pour l’euro.

M. Clarke a pourtant démenti lundi un tel pacte et affirmé qu’il ne prendrait pas de décision sur son éventuelle candidature avant «une ou deux semaines».

Les règles de nomination à la tête du parti, modifiées par William Hague, réclament la sélection de deux noms par les députés conservateurs, qui ensuite soumettent cette liste au vote des 300.000 membres du parti. (AFP)