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«J’avais le choix pour cette après-midi : soit j’allais au cinéma, soit je venais à l’audience». Mardi 11 juillet, la 29e chambre du tribunal correctionnel de Paris est bondée. Curieux et journalistes sont venus en nombre assister au procès qui oppose Nathalie Kosciusko-Morizet à Vincent Debraize. L’élue de Paris, présente à l’audience, accuse ce dernier de l’avoir giflée, puis «quasi simultanément donné un coup au thorax suffisamment violent pour me faire tomber au sol» et entraîner un malaise de plusieurs minutes. En termes juridiques cela donne la formule suivante : «Violences volontaires sur personne chargée d’une mission de service public».

Pour bien comprendre l’affaire, il faut remonter au 15 juin. En ce milieu de matinée, la campagne des législatives de l’entre-deux-tours bat son plein au marché de la place Maubert, dans le Ve arrondissement de Paris. En difficulté pour briguer le poste de député de la deuxième circonscription de la capitale, la candidate LR s’adonne à une énième séance de tractage avec une partie de son équipe. Une demi-heure après le début de l’opération, Nathalie Kosciusko-Morizet se retrouve nez à nez avec Vincent Debraize, maire du village de Champignolles dans l’Eure.

Voilà pour le contexte. Un contexte minutieusement rappelé par le juge, qu’aucune des parties ne conteste. Mais pour la suite, partie civile et défense ne cesseront de se contredire. Chacun défend sa version avec une conviction sans faille. Une gifle ? En aucun cas selon Vincent Debraize. «J’ai pris les tracts que Nathalie Kosciusko-Morizet me montrait au niveau de mon visage pour les jeter par terre […] A aucun moment je n’ai touché la candidate Nathalie Kosciusko-Morizet, et a aucun moment je n’ai eu l’intention de le faire», martèle l’homme de 55 ans.

Partie de ping-pong

«Comme il a d’emblée été agressif, les gens qui m’entouraient ne voulaient pas que je prolonge la discussion. Je l’ai retenu car c’est un élu, ça se respecte […] Nous nous sommes un peu écartés et c’est à ce moment-là qu’il m’a giflée avec les tracts, il ne me les a pas juste jetés au visage. Quasiment au même moment, il m’a donné un coup au thorax», souligne Nathalie Kosciusko-Morizet. Des insultes ? Oui et non. Chacun dément, tout en prétendant avoir été insulté par l’autre. «Il m’a traité de "bobo de merde" en faisant allusion à des propos qu’avait tenus Eric Zemmour», précise l’ancienne députée de l’Essonne suite à une question du procureur. «Lorsque nous nous sommes mis à l’écart pour discuter, Nathalie Kosciusko-Morizet a utilisé ses tracts pour se camoufler et, de manière très lente et distincte m’a dit à voix basse : "dégage connard". Elle me l’a répété une seconde fois», réplique Vincent Debraize.

Ensuite, l’ex-ministre fait un malaise. «Alors que Nathalie Kosciusko-Morizet était à terre, des gens de son équipe m’ont immédiatement entouré. Je n’avais jamais vu un tel déferlement de violence. L’un d’eux a crié "Heil Hitler" en levant la main», affirme sans vaciller Vincent Debraize. «Je trouve insultant et ridicule de prétendre que mon équipe faisait des saluts nazis. C’est rajouter du ridicule à la violence» répond agacée NKM.

A la fin de cette partie de ping-pong, le procureur est catégorique. En s’appuyant sur les dépositions des différents témoins – ils sont au moins cinq dont deux journalistes de l’AFP à confirmer que NKM aurait reçu une claque – le parquet juge Vincent Debraize coupable. Quatre mois de prison avec sursis et 1500 euros d’amende sont requis par le ministère public. Sans surprise, la relaxe est plaidée par Antoine Lachenaud et Basile Ader, avocats de l’accusé. Le délibéré aura lieu le 7 septembre.