International

Après dix semaines de procès, le plus retentissant de l'histoire contemporaine de la Norvège, le tueur norvégien Anders Breivik, qui a causé la mort, par deux attentats, de 77 personnes le 22 juillet dernier, ne regrette rien, et si c'était à refaire, il recommencerait, pour "sauver" son pays, dit-il, du péril musulman et du multiculturalisme qui menacent son existence.

Au dernier jour d'audience dans la salle 250 du tribunal d'Oslo, Breivik, à l'apparence d'un homme d'affaires trentenaire, bien vêtu, n'a pas montré le moindre signe de remords. Au contraire. Il a réitéré ses propos tenus à l'ouverture du procès: "je ne reconnais pas ma culpabilité. J'ai agi en état de légitime défense pour défendre mon peuple et ma patrie", clamera-t-il devant les bancs du tribunal désertés par les proches des victimes et des rescapés, en signe de protestation contre "ce discours de trop".

Se qualifiant de "résistant" face à l'islam envahisseur, il a étalé son idéologie extrémiste de droite, rêve d'une Norvège "débarrassée de l'enfer du multiculturalisme qui nous a volés notre culture et notre idendité". Et s'adressant aux juges, il leur rappelle le sort des magistrats complaisants avec le régime hitlérien pendant la Seconde guerre mondiale et qui ont été condamnés après sa chute.

"L'histoire montrera si vous avez condamné un homme qui a cherché à endiguer le mal de notre temps", faisant référence à l'islamisme rampant de la Norvège et de l'Europe. "L'histoire montrera que, de temps à autre, il est nécessaire de commettre un acte barbare pour stopper une plus grande barbarie", ajoute-t-il. Car la seule chose qu'il ait reconnu est son action "barbare mais nécessaire et légitime" en cet après-midi de juillet 2011 où il a fait exploser une voiture piégée dans le quartier des ministères à Oslo faisant 8 victimes avant de se rendre dans une île dans la banlieue, Utoeya, massacrant 69 jeunes réunis à un camp d'été des Jeunesses travaillistes, protestant ainsi contre le laxisme du gouvernement de gauche qui a ouvert largement les frontières, selon lui, aux immigrés musulmans.

La voix ferme, il a défendu bec et ongles, sa responsabilité. "Non je ne suis pas fou. Je savais ce que je faisais, et sur les 37 personnes (psychiatres et autres observateurs) qui m'ont évalué, 35 ont estimé que je suis sain d'esprit et non un déséquilibré bon pour l'internement psychiatrique", comme l'a préconisé le parquet dans son réquisitoire jeudi, car "il y avait des doutes sérieux sur sa santé mentale".

Son avocat, Geir Lippestad, a démonté, en revanche, cette thèse de la folie, réaffirmant au nom de son client, " sa responsabilité pénale", et demandant même son "acquittement de principe", déclenchant des rires dans la salle, car, dit-il, Breivik estime "avoir agi comme un résistant défendant les intérêts des Norvégiens et leurs valeurs". Ses attaques terroristes étaient "si bien planifiées qu'elles ne pouvaient surgir d'idées délirantes, symptomatiques d'une maladie psychique, mais bien d'une idéologie que d'autres partagent", selon Me Lippestad. "Il a bien choisi ses cibles, symboles d'un pouvoir" travailliste qu'il honnit, se fixant des objectifs à atteindre, fut-ce par la violence, dans sa croisade contre le multiculturalisme .

"Ses actes ont été motivés par des points de vue extrémistes, qui se reflètent dans son manifeste envoyé à un grand nombre de personnes avant ses attaques, et non par la folie ou par la violence gratuite", a-t-il argumenté dans sa plaidoirie, exhortant les juges à le condamner à la prison, comme il le souhaite. Lara Rashid, d'origine irakienne, une rescapée d'Utoeya, a témoigné au tribunal, lors de cette dernière journée d'audience. Elle a raconté, la voix émue, la perte de sa soeur aînée, Baino, tombée sous les tirs du tueur. "Je me sens soulagée par la fin de ce procès, qui a réveillé des souvenirs tellement douloureux. Mais il faut aller de l'avant maintenant.La vie continue..."

Au dehors du tribunal des dizaines de roses sont accrochées aux barrières de sécurité avec autant de pancartes sur lesquelles est écrit un seul mot "tilregnelig" (pénalement responsable", visant Breivik que beaucoup veulent qu'il soit condamné à la prison et non à l'asile, à vie pour certains. Le verdict est attendu le 24 août