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Nouveau coup de tonnerre au Brésil où le procureur général a décidé de la mise en examen des deux ex-chefs d’Etat Luiz Inacio da Silva, dit "Lula" et Dilma Rousseff. L’ancien président de la gauche brésilienne et sa dauphine, qui lui avait succédé en 2011 avant d’être éjectée du siège présidentiel il y a un an, sont accusés de crimes contre la compagnie pétrolière nationale Petrobras.

Selon le procureur général de la République, Rodrigo Janot, entre 2002, à la veille de l’arrivée de Lula au pouvoir, et 2016, année de la destitution de Dilma, les deux responsables politiques auraient "constitué, intégré et structuré une organisation criminelle" afin de détourner des fonds de Petrobras, la société nationale des pétroles.

D’autres membres du Parti des travailleurs (PT), la formation politique de Lula et Dilma, ont aussi été inculpés. Parmi eux, deux anciens ministres de l’Economie, une sénatrice et deux ex-trésoriers du parti. Dans un rapport de 230 pages, Rodrigo Janot les accuse d’avoir agi de manière "organisée", "professionnelle" et en "toute conscience" pour détourner 399 millions d’euros de Petrobras au profit du PT.

D’autres partis aussi

D’autres partis auraient aussi profité de pots-de-vin. Le PMDB de l’actuel président Michel Temer aurait ainsi touché un total de près de 370 millions d’euros pendant cette période. Les détournements ont, selon la Cour des comptes, constitué un préjudice total de près de huit milliards d’euros pour Petrobras.

Ces inculpations s’inscrivent dans le cadre de l’opération Lava-Jato qui, en trois ans, a permis de dévoiler un système tentaculaire de rétrocommissions versées par les géants du bâtiment et d’autres grandes entreprises du pays afin de décrocher des contrats surfacturés du groupe public Petrobras, avec la complicité de cadres de la compagnie pétrolière et de responsables politiques, qui se servaient au passage.

Selon le parquet, des membres du PT, du PMDB et du PP, qui faisaient alors partie de la coalition gouvernementale, se partageaient les différents départements de Petrobras et y plaçaient des personnes "essentielles à l’implantation et au maintien du projet criminel".

Avant tout le PT et Lula

Pour Rodrigo Janot, c’est avant tout le PT et en premier lieu Lula, qui ont été aux manettes du cartel. Même après la fin de son dernier mandat, l’ancien chef d’Etat, "chef de l’organisation", aurait continué d’exercer son influence sur le système de corruption.

Il appartient désormais à la Cour suprême d’ouvrir ou non un procès contre les accusés. Déjà condamné en juillet à neuf ans et demi de prison pour corruption passive et blanchiment d’argent - il a fait appel - et cité dans quatre autres affaires, Lula entend pourtant disputer la présidentielle en 2018.