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La présidente du Brésil Dilma Rousseff, menacée par une crise politique majeure, a affirmé vendredi qu'elle n'avait aucune intention de démissionner tout en invitant son prédécesseur et mentor Lula à rejoindre son gouvernement, au bord du naufrage.

La présidente de gauche s'exprimait à la veille d'un week-end crucial pour son avenir politique: le grand allié centriste de sa coalition, le PMDB, divisé entre légalistes et partisans de la rupture avec le gouvernement se réunit samedi en congrès national à Brasilia pour définir sa stratégie, tandis que de grandes manifestations sont convoquées dimanche dans tout le pays pour réclamer le départ de la présidente.

"Je n'ai aucun intérêt à démissionner (...), je ne suis nullement résignée", a déclaré Dilma Rousseff à Brasilia lors d'une conférence de presse.

"Je crois qu'il est absolument incorrect de la part d'un leader de l'opposition de demander la démission d'un président légitimement élu par le peuple, sans apporter d'éléments prouvant que j'aurais d'une quelconque manière violé la Constitution", a-t-elle martelé.

La présidente répondait au leader de l'opposition, le président du Parti social-démocrate brésilien (PSDB, centre-droit) Aecio Neves, qui l'avait invitée à renoncer à ses fonctions dans le courant de la semaine.

"Dans un geste magnanime, généreux pour le pays, la présidente de la République, comprenant qu'elle a perdu les conditions minimales pour gouverner devrait permettre au Brésil, par sa démission, d'entamer une nouvelle étape de son histoire", avait lancé M. Neves, adversaire malheureux de Mme Rousseff au second tour de l'élection présidentielle de 2014.

Dilma Rousseff est sous la menace d'une procédure de destitution parlementaire lancée en décembre par l'opposition qui l'accuse d'avoir maquillé les comptes publics en 2014 et 2015.

Cette procédure a été freinée par le Tribunal suprême fédéral (TSE), mais devrait rebondir très rapidement, dès que la haute juridiction aura fixé, la semaine prochaine, les règles de son cheminement.

Les récents déboires judiciaires de Luiz Inacio Lula da Silva, icône de la gauche brésilienne et fondateur du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir, ont donné une nouvelle dimension à la crise.

L'ex-président (2003-2010) a été brièvement interpellé vendredi dernier à son domicile et interrogé par la police dans le cadre du scandale de corruption autour du géant pétrolier étatique Petrobras.

Parallèlement, des procureurs de Sao Paulo ont requis jeudi contre lui des poursuites pour "occultation de patrimoine", à propos d'un appartement triplex au nom d'une entreprise de BTP impliquée dans le dossier Petrobras mais dont ils soupçonnent l'ancien président d'être le véritable propriétaire.

Les procureur de Sao Paulo ont également requis son placement en détention provisoire, suscitant non seulement l'indignation de la gauche mais aussi la réprobation de plusieurs dirigeants de l'opposition.

Aux abois, la présidente brésilienne a appelé vendredi Lula à la rescousse, en l'invitant indirectement à rejoindre son gouvernement paralysé par la crise.

"Ce serait un grand honneur d'avoir le président Lula dans mon gouvernement parce que c'est une personne d'expérience avec une grande capacité politique", a-t-elle déclaré.

La présidente a ainsi officialisé publiquement les rumeurs insistantes de la semaine selon lesquelles le camp présidentiel cherchait à persuader Lula d'entrer au gouvernement pour tenter de le sortir de l'impasse.

Lula échapperait du même coup à la justice ordinaire et à la menace d'une incarcération. Les ministres ne peuvent en effet répondre pénalement que devant le Tribunal suprême fédéral (STF), la plus haute instance judiciaire du pays.

L'ancien président se serait montré très réticent, craignant de passer pour un lâche cherchant à se dérober à la justice, selon certains commentateurs brésiliens. Mais il aurait réservé sa réponse définitive à la semaine prochaine.

Toute la classe politique est suspendue à l'ampleur des manifestations convoquées dimanche pour réclamer la destitution de Dilma Rousseff.

Une participation massive fragiliserait un peu plus la présidente et augmenterait la pression sur les députés qui hésitent à voter pour ou contre son empêchement.

Fragilisée par la récession économique qui frappe la première économie d'Amérique latine, les révélations dévastatrices du scandale Petrobras et le délitement de sa coalition parlementaire, Dilma Rousseff est au plus bas dans les sondages, avec une côte de popularité de 11% seulement.

Quelque 60% des Brésiliens souhaitent son départ, selon les enquêtes d'opinion.