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Pour Theresa May, le projet d'accord de Brexit conclu avec l'Union européenne est "le meilleur" possible pour le Royaume-Uni, a-t-elle déclaré jeudi soir lors d'une conférence de presse à Downing Street. "Est-ce que j'irai jusqu'au bout? La réponse est oui", a assuré la Première ministre britannique en excluant la possibilité d'un second référendum.

"Je crois, avec chaque fibre de mon être, que le chemin que j'ai suivi est le meilleur pour mon pays", a ajouté Theresa May, affirmant qu'elle agissait dans l'intérêt national et continuerait de le faire, après avoir essuyé la démission de 4 membres de son gouvernement dans la journée.

"Nous quitterons (l'Union européenne) le 29 mars 2019", a poursuivi la Première ministre, selon qui l'accord conclu garantira "un grand avenir au Royaume-Uni".

Des critiques à foison

Theresa May savait que la partie serait rude mais l'avalanche de critiques qui a accueilli jeudi au parlement britannique son projet d'accord avec l'UE sur le Brexit a pris un tour shakespearien, avec un complot contre elle tramé dans son propre camp.

Déjà, les attaques des Tories ont été particulièrement dures pour la Première ministre, venue défendre son projet devant les députés. Le Parti conservateur est d'ailleurs réputé pour la brutalité avec laquelle il règle ses comptes. Andrew Brigen lui a carrément demandé de démissionner, pendant un débat épique qui a duré trois heures. Theresa May a reconnu que le Brexit exigeait "des choix difficiles" mais a défendu le projet d'accord conclu après des mois de négociations au nom de "l'intérêt national".

Peu auparavant, elle était passée par le supplice chinois des démissions de quatre membres de son gouvernement, dont le ministre chargé du Brexit Dominic Raab, ouvrant lieu à toutes les spéculations sur la chute de tout le gouvernement. Mais Theresa May continue de s'accrocher au gouvernail et s'est contentée de dire qu'elle "respectait leur point de vue".

"Le gouvernement est en plein chaos", a lancé le leader de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn, résumant le sentiment général. Pendant qu'il descendait l'accord en flammes, les députés conservateurs rangés derrière Mme May sur les bancs tapissés de cuir vert de la chambre des Communes restaient silencieux, certains plongeant le nez sur leurs téléphones portables.

Nigel Dodds, du petit parti nord-irlandais unioniste DUP, appoint indispensable à la majorité de Mme May, n'a pas plus retenu ses coups, clamant que le Royaume-Uni ne devait pas devenir "un état vassal" de l'Union européenne. "Je pourrais vous faire la liste des promesses et engagements pris par la Première ministre devant cette chambre et aussi en privé avec nous sur le futur de l'Irlande du Nord dans la future relation avec l'UE", a-t-il dit. "Mais ce serait une perte de temps parce qu'elle n'écoute rien".

Coup d'Etat

Jacob Rees-Mogg, le très digne et pincé chef du Groupe de recherche européen (ERG), qui rassemble les députés Brexiters les plus radicaux, a demandé à Mme May s'il devait tenter de la renverser -avant de tourner les talons pour précisément s'y consacrer, en rédigeant une lettre pour réclamer un vote de défiance envers elle. Il lui suffit de rassembler 48 lettres de ce type pour qu'il ait lieu.

Le complot s'est tramé dans une pièce du parlement, où les députés conservateurs eurosceptiques, dont l'ex-chef de la diplomatie Boris Johnson, se sont réunis pendant que la Première ministre affrontait les députés. "Ils se prennent pour un fichu gouvernement alternatif", maugréait un membre du gouvernement en colère en passant devant eux.

Jacob Rees-Mogg a ensuite convoqué à la hâte une conférence de presse sur les marches du Parlement pour nier qu'il fomente un coup d'Etat contre Mme May. "Je ne fais que suivre les procédures du Parti conservateur", a-t-il minaudé, pendant que des manifestants hurlaient "Stop Brexit" à travers un mégaphone, juste à côté de lui.

Pour persuader les députés, Mme May a brandi la menace d'un "non Brexit", à l'issue d'un référendum qui annulerait le résultat de la consultation de juin 2016 si jamais les travaillistes arrivaient au pouvoir.

Mais cette perspective a tellement enthousiasmé les députés pro-UE qu'elle a dû rétropédaler. "Nous ne faisons pas de plan pour un non Brexit parce que ce gouvernement va respecter le vote du peuple britannique".

Le porte-parole de Theresa May a reconnu qu'il y avait "des idées très affirmées" sur le Brexit mais que la cheffe du gouvernement se battrait contre toute tentative de la renverser.