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CORRESPONDANT PERMANANT À PARIS

Deux distinguos. Le sort judiciaire de Maxime Brunerie, jugé à partir de lundi pour avoir tiré sur le président Chirac le 14 juillet 2002, se jouera sur deux distinguos. Un: le jour dit, les facultés de discernement du jeune homme étaient-elles abolies ou altérées? Deux: son geste avait-il une motivation ou une connotation politique? Les jurés de la cour d'assises de Paris devront, très précisément, jouer sur les mots.

L'état mental de Maxime Brunerie reste controversé. Certains experts, invoquant «l'abolition» de son discernement, jugent l'intéressé pénalement irresponsable. D'autres parlent d'une simple «altération» de ses facultés - une fragilité mentale qui, elle, n'empêche pas un procès et peut tout au plus faire office de circonstance atténuante au moment du verdict. Les avocats de Maxime Brunerie plaideront la maladie mentale. Le jeune homme, interné à la section psychiatrique de la prison de la Santé, souffrirait de schizophrénie, qu'illustreraient notamment le caractère fantasque de son projet d'attentat et ses faibles chances d'aboutir. Mais deux éléments déforcent cette thèse. Maxime Brunerie n'a aucun antécédent psychiatrique avant le 14 juillet 2002. Et son délire était construit: il a prémédité, préparé et annoncé son attentat sur Internet.

S'agissait-il d'un geste politique? Le jeune homme reconnaît un acte «à connotation politique» (par la force des choses, vu la personnalité visée) mais nie toute «motivation politique». L'attentat aurait été secondaire par rapport à une démarche centrale personnelle: un suicide voulu spectaculaire et médiatisé. CQFD. Mais, ici aussi, il y a un hiatus: Maxime Brunerie évoluait bel et bien dans un milieu ultra-politisé, la mouvance néo-nazie en l'occurrence. De la littérature révisionniste a été retrouvée chez lui; il fréquentait les milieux skinheads et l'aile dure des supporters du club de football de Paris-St-Germain. Et il était un sympathisant d'Unité radicale, le groupuscule néo-nazi interdit par le gouvernement en août 2002.

Une mouvance très active

Cette interdiction, au demeurant, n'a nullement empêché Unité radicale de poursuivre ses activités, sous le nom de Bloc identitaire. L'hiver dernier, les identitaires ont distribué aux sans-abris de Paris des soupes populaires sciemment confectionnées à base de porc et arrosées d'alcool, pour qu'elles ne puissent être servies à des musulmans. Depuis 2002, plusieurs de ses sympathisants ont été condamnés pour avoir profané des cimetières ou des lieux de mémoire juifs. L'un d'eux a même écopé de quatre ans de prison pour avoir projeté un attentat contre la grande mosquée de Paris. Les identitaires ont aussi agressé Malek Boutih, l'ex-président de SOS-Racisme, ainsi que le curé de Saint-Denis (banlieue parisienne) parce qu'il avait ouvert sa basilique aux sans-papiers. Et en novembre, ils ont tenu des assises à Lyon qui ont dégénéré en une violente manifestation.

En prévisions des prochaines élections municipales, le Bloc identitaire tisse des liens avec l'extrême droite officielle. Ainsi, il a revendiqué récemment des contacts avec une association proche du maire FN d'Orange, Jacques Bompard. En France, il est vrai, la frontière entre les partis d'extrême droite et les groupuscules nazillons a toujours été perméable. Maxime Brunerie était membre du Mouvement national républicain (MNR), la dissidence mégretiste agonisante du Front national (FN). La direction du Bloc est composée de transfuges du FNJ, l'organisation de jeunesse du FN. Et des dirigeants du FNJ - parmi lesquels des proches de Samuel Maréchal, le propre gendre de Jean-Marie Le Pen - ainsi que de nombreux anciens cadres du FN et du MNR ont déjà ostensiblement participé à des manifestations et à des congrès identitaires.

© La Libre Belgique 2004